samedi 26 juin 2021

UEFA Euro 2020 : les coachs vus par nos coachs

Nous avons demandé à nos coachs régionaux de désigner leur coup de cœur concernant les coachs en exercice pendant ce premier tour de l’Euro, et d’argumenter leur choix en précisant les aspects ayant orienté celui-ci: personnalité, stratégie, etc.

Il ressort de ce sondage qu’à une écrasante majorité, c’est l’allenatore de la squadra azzura qui a marqué les esprits de nos techniciens…

Du dug-out au petit écran, tour d’horizon…

 

Roberto MANCINI


© Eurosport

Gestion de groupe

Une bonne gestion de son groupe, lance Sébastien Terlin. J’ai bien aimé l'idée de faire participer son gardien remplaçant. Beaucoup d’observateurs se sont en effet interrogés sur le sens de ce changement de gardiens à la 89e minute du match contre le Pays de Galles. J’ai lu que Mancini n’était pas entré au jeu lors de la Coupe du Monde en 90, et que ça l’avait marqué, note François Échevin. Respect des joueurs présents suite à la désillusion vécue lors de sa carrière, confirme Sébastien Wouters. Cette valeur est également relevée par Philippe Labie : J’ai trouvé admirable le fait qu’il ait donné du temps de jeu à tout son noyau, c’est une grande marque de respect envers son groupe.

On sent que c’est un groupe qui vit bien et qui est uni, analyse Steve Roussel. Le fait qu’il donne du temps de jeu à chacun hormis Meret (son 3e gardien) prouve à quel point il est un coach profondément humain, qui veille au bien-être de chacun. C’est extrêmement important selon moi quand on gère un groupe amené à vivre ensemble le plus longtemps possible.

Récemment désigné à la tête de l’équipe B des Étoilés d’Ère, Thomas Vandecasteele fait la même observation : On sent un rôle rassembleur très fort. Les joueurs sont heureux d’être là, fiers, se sentant tous utiles et mis en valeur.

Jean-Charles Fabrel est tout aussi admiratif: Mancini a réussi à bâtir un vrai collectif, bien huilé, et sans grosse individualité ou star comme l'Italie a pu en avoir par le passé.

En utilisant 25 joueurs en 3 matchs, il donne une grande confiance à son groupe, ajoute Bryan Losterman. Les joueurs se donnent à 100% parce qu’ils sont tous impliqués. Sa gestion humaine est parfaite !

Mix expérience – jeunesse

Le coach acrenois poursuit : Il a construit son équipe sur base des performances, et pas sur des noms. C’est un bon mix entre les jeunes et les joueurs d’expérience. Dans le même ordre d’idées, Philippe Labie : Il n’a pas hésité à reprendre des joueurs évoluant dans des clubs de moindre envergure, comme Sassuolo. Bis Leleu précise : Une charnière centrale expérimentée, avec Bonucci, Chiellini, Jorginho et Immobile. Locatelli et Barella, la jeunesse dans le milieu.

Un renouveau

Mancini a métamorphosé le jeu de la squadra, juge Gino D’Angelo. Un réel renouveau pour le foot italien. Le coach de Morlanwelz est rejoint en cela par de nombreux autres. Ainsi, Jo Duquène : On est vraiment loin du foot fermé que l’Italie proposait par le passé ; comme pour de Boer aux Pays-Bas, c’est un noyau en reconstruction et fort jeune. Ou Patrick Billiet : Fini ce football italien où c’était le cadenas. Au contraire, un jeu offensif, qui n’est pas sans faire penser à celui de la Belgique. Agréable à regarder, beaucoup d’automatismes et de choses à noter pour les coachs que nous sommes. Et l’on a pu découvrir lors d’un précédent reportage à quel point le coach velainois était attentif à s’inspirer des modèles proposés dans le haut niveau. Bis Leleu : Il a complètement modifié le jeu italien. Finis l’attentisme et le contre, place à l’offensive. Fabien Delbeeke : Il a fait d’une équipe réputée pour son « catenaccio » une formation offensive avec un festival de buts, un football qui fait plaisir à voir. Philippe Labie osera même parler de résurrection du foot italien !

Du côté d’Estaimbourg, on note via Steve Roussel : Il a réussi à changer une philosophie italienne relativement défensive qui se basait principalement sur le « catenaccio » pour la faire évoluer vers une équipe joueuse, offensive, mobile. Mobilité également soulignée par François Échevin, le coach esplechinois y ajoutant la variation dans le jeu et le fait de casser les lignes.

Plan de jeu connu

Écoutons d’abord deux coachs d’origine transalpine – mais qui réfutent tout soupçon de chauvinisme ! – nous en parler. Gino d’Angelo d’abord : On sent qu’un plan de jeu est établi, et que le groupe complet y adhère. Pas de places pour des starlettes dans le groupe. Humilité, générosité dans les efforts, passion sont les facettes de cette équipe. Fabrice Milone ensuite : Chaque joueur connaît son rôle, sa mission, et se met au service du collectif. Sans grande star. Thomas Vandecasteele abonde dans le même sens : Le système de jeu est huilé et maîtrisé à la perfection ; chaque joueur sait exactement quel est son rôle. De plus, les changements apportés en cours de match ou lors de la troisième rencontre n’ont jamais semblé modifier le plan de jeu, preuve supplémentaire que chaque joueur sait parfaitement ce qu’on attend de lui.

Jeu vers l’avant

On retrouve une squadra conquérante, un jeu rapide en reconversion, apprécie Olivier Gossuin. L’Italie montre un jeu vertical dès que possible, signale Ronny Roelen, qui relève en outre la liberté des joueurs en B+. Une philosophie de jeu ultra séduisante, poursuit Fabrice Milone, tournée vers l’offensive, la prise de risques et la passion. L’envie de jouer vers l’avant est confirmée par Seb Terlin et François Echevin. Avec beaucoup d'envie et de rythme, ajoute J-Ch. Fabrel. Un jeu qualifié de séduisant par Julien Tambour et de chatoyant par Gino D’Angelo. Un des plus beaux proposés jusqu’à présent, pour Steve Artisien. Confirmation chez Miguel Lionaise : C’est l’équipe qui a développé le plus beau jeu lors de ce premier tour. Animation et manière de jouer très énergiques, toniques, avec beaucoup d’intensité.

Petite leçon de tableau noir avec Philippe Labie, qui nous explique les options de cette équipe joueuse et joyeuse : Mancini a mis en place un jeu moderne, à partir du gardien déjà. On peut remarquer l’importance des deux latéraux, qui montent très haut le long de leurs lignes respectives, surtout côté gauche, avec Spinazzola, qui est droitier en plus. On a un bloc très haut, qui permet de s’installer chez l’adversaire, et surtout à la perte de balle, de pouvoir exercer un contre-pressing intense.

Thomas Vandecasteele ajoutant : Les latéraux, Spinazzola notamment, apportent énormément de présence offensive. Le milieu « charbonne » avec des récupérations rapides et de l’imagination en reconversion. Et les clés sont données à un Insigne qui évolue comme un poisson dans l’eau.

Pressing constant

Un pressing continu (Ronny Roelen) qui demande beaucoup d’énergie (Seb Terlin), avec des joueurs qui se battent pour la récupération du ballon (Olivier Gossuin), le plus haut possible (Steve Roussel). Corentin Douterlungne évoque lui aussi l’agressivité que les Italiens mettent dans leur pressing durant les 90 minutes, avec une grande débauche d’énergie. Steven Dangremont évoque à ce sujet la célèbre grinta, d’origine italienne : c’est à l’image du pays mais c’est aussi la signature du coach !

Bryan Losterman décortique la mise en place de ce pressing : Les trois joueurs du milieu de terrain – Barella, Jorginho, Locatelli ou Veratti - ne laissent jamais respirer l’adversaire. En B-, le 7 (Berardi ou Chiesa) et le 11 (Insigne) pressent constamment.

Des stats impressionnantes

30 matchs sans défaite, une statistique éloquente relevée par Patrick Billiet. Aucun but encaissé encore dans ce tournoi, signe de la rigueur tactique (Julien Tambour). Avec 7 buts marqués, on ne peut pas dire mieux, ajoute Steven Dangremont. Dans les transitions, de la perte à la récupération, tout est bien mis en place, c’est tactiquement très juste.

Classe naturelle

Une réussite chiffrée insolente qui fait naître  confiance et sérénité. Écoutons Steve Roussel : Mancini dégage un calme le long de la ligne, qui en dit long sur la sérénité italienne actuelle. On ne reste pas sur une série de résultats aussi positifs si on n’a pas bon nombre de certitudes et si on ne dégage pas une certaine sérénité.

C’est un coach calme et posé, confirme Philippe Labie. La classe à l’italienne. Rejoint en cela par Thomas Vandecasteele : Quelle classe ! Sa posture et sa tenue sur le banc puent l’élégance. Fabrice Milone ne va pas contredire ce constat : Quel gentleman en bord de terrain !

Kasper Hjulmand

 


© 7sur7.be

L’intense charge émotionnelle provoquée par le dramatique accident dont fut victime Christian Eriksen, et surtout la gestion humaine qui s’en est suivie de la part du staff danois n’ont pas laissé nos observateurs insensibles. Voici le témoignage de cinq d’entre eux :

 Par rapport à ce drame du premier match, il a laissé la parole à ses joueurs en leur demandant s’ils voulaient jouer contre la Belgique. Il a ensuite trouvé les mots pour leur permettre de se surpasser. Avec au final une qualification pour les 1/8e, et avec un jeu offensif. Après l’Italie, c’est la nation qui a le plus tiré au but ! (Alex Depraetere)

Il a laissé libre choix aux joueurs de vouloir être sélectionnés, et il s’est servi de cet événement pour insuffler une énergie et une cohésion folles à son équipe. Comment transformer un fait négatif en énergie positive, pour preuve la qualification en 1/8e. Respect ! (Michaël Browaeys)

 J’ai été touché par l’émotion du coach du Danemark. Ca fait du bien de voir que derrière tout ce business, il y a encore des hommes et des émotions. De plus il a su trouver, je pense, les mots pour transformer cette tragédie en une force qui, actuellement, impressionne (Gwen Rustin).

Son équipe qui était déjà bien soudée, est devenue un véritable bloc, pas simple à bouger. Ils ont perdu leur meilleur joueur et le cerveau de l’équipe mais le coach a su s’adapter. En plus d’être compacts, ils sont capables d’effectuer un gros pressing, comme on l’a vu les 30 premières minutes contre les Belges. Et, des images et des déclarations qu’on voit de lui depuis le début, on devine quelqu’un qui a la classe et qui est proche de ses joueurs. Sa philosophie de jeu est bien intégrée par son groupe (Julien Collie).

 Mon coup de cœur pour l’aspect humain va indéniablement au coach danois qui est passé par de drôles d’émotions depuis le début du tournoi. Je trouve très classe d’avoir laissé le choix à ses joueurs de poursuivre ou non la compétition après le traumatisme vécu lors du premier match. Quel travail psychologique il a dû fournir avec son staff pour remobiliser positivement ses troupes ! Cette force morale s’est encore plus vérifiée après la déception suite à la défaite contre nos couleurs et la fantastique détermination face aux Russes. Une très belle leçon de vie pour tous, et surtout un exemple d’humilité puis de caractère face aux destinées de la vie ! (Fred Debaisieux).

 

Roberto Martinez

 


© La Libre.be

L’adage selon lequel nul n’est prophète en son pays s’est presque vérifié à l’occasion de cette petite enquête, mais trois de nos entraîneurs ont toutefois choisi de citer notre coach national :

 Son équipe réalise un neuf sur neuf, il opère des changements gagnants, reste fidèle à ses principes – je ne suis pourtant pas fan du 3 arrière -, et ne laisse paraître aucune nervosité dans les moments difficiles, comme lors de la première mi-temps face au Danemark ! (Christophe Ergo)

 J’ai bien aimé son audace avec les changements en défense centrale, la confirmation de Denayer au troisième match aux côtés de Boyata et Vermaelen ; ainsi que le fait d’avoir lancé les cadres au deuxième match (Grégory Voiturier).

 Avec son 3-4-3, il a magnifiquement géré son groupe: du temps de jeu pour tout le monde, en gardant son animation habituelle. Ses remplacements contre le Danemark, sa rotation face à la Finlande, tout en restant fidèle à sa philosophie de jeu. Dans ses interviews, il est clair et explique parfaitement ses choix (Steve Delgrange)

 

Didier Deschamps



 © rtbf.be

Derrière ce trio de tête, deux coachs récoltent chacun deux voix. À commencer par le sélectionneur français. Ce sont les coachs de Luingne et d’Escanaffles qui nous en parlent : 

J’aime son 4-4-2 en possession, qui passe en 4-3-3 en perte de balle. Je pense que ce système n’est pas le plus compliqué, mais il faut surtout faire comprendre à ses stars offensives que leur reconversion est essentielle. Et je trouve que DD est très fort pour ça ! C’est un meneur d’hommes et il prône le dialogue avec ses joueurs, chose hyper importante selon moi (Giovanni Seynhaeve).

Laurent Debeurne, lui, met en exergue l’efficacité et le réalisme du technicien français, qu’il juge malin à l’italienne : à travers la stratégie et l’animation de jeu, je retrouve la culture de la Juve des années 80-90 : bloc bas, tout le monde défend, et si ouverture du score, catenaccio ! Surtout quand on a des atouts offensifs comme l’équipe de France a la chance d’avoir ! Ce n’est peut-être pas le plus beau à regarder, mais en football, seul le résultat final compte.

 

Viennent ensuite deux choix plus étonnants, celui du coach italien – ils ont décidément la cote ! – de la Hongrie :

 

Marco ROSSI

 


© lequipe.fr

Jonathan Krys a commencé par rappeler que lors de sa prise de fonction, le maestro a insisté auprès de ses joueurs sur son désir de les voir jouer avec cœur : On a redécouvert un football qui se joue avec des valeurs humaines : humilité, courage et sincérité. Quand on voit ses larmes après l’exploit contre la France… Chaque coach a connu ou connaîtra ce moment où on craque émotionnellement tellement on est fier de ses gars…

 C’est ensuite le coach de Bléharies qui souligne ses mérites. Comme beaucoup, il avait pensé à Mancini ou Martinez, avant de diriger son coup de cœur vers le sélectionneur de la Hongrie : Marco Rossi réussit quelque chose d’incroyable avec cette sélection. Qui aurait cru que cette équipe tiendrait sa qualification jusqu’à quelques minutes du coup de sifflet final face à l’Allemagne? Dans ce groupe dit de la Mort, ils ont tenu la dragée haute à trois grosses nations mondiales et peuvent sortir la tête haute. Il a réussi à instaurer un énorme esprit d’équipe dans ce groupe composé de joueurs que peu de gens connaissent. Certes le jeu n’était peut-être pas flamboyant, pour les amateurs de jeu de possession ou d’attaque placée, mais comment faire autrement face à de tels adversaires ? Sa mise en place tactique a failli faire mouche. L’histoire aurait été belle si  le courage, la fierté et l’abnégation de ses joueurs avaient pu venir à bout d’un des trois favoris du tournoi (Florian Sénéca).

 

Janne ANDERSSON


 © lequipe.fr

Last but not least, l’emblématique mentor suédois obtient les faveurs de Johan Devos. Voici ce qu’en dit le coach isiérois : J’aime bien sa disposition en 4-4-2, avec deux attaquants intéressants, Berg et Isak, et derrière eux Forsberg, qui vient régulièrement dans le rectangle. Et surtout une parfaite couverture en reconversion défensive. Il me paraît très calme, connaissant parfaitement ses forces et faiblesses. Premier de son groupe devant l’Espagne et la Pologne, joli coup réussi sans la star Zlatan ! Il me semble qu’il n’en est pas à son coup d’essai : en 2018, il avait déjà devancé l’Allemagne dans les poules !

 

Merci à tous les coachs qui nous ont livré ces bien intéressantes considérations tactiques. Place maintenant aux matchs à élimination directe, où il n’y a pas de place pour l’erreur, sous peine de devoir essuyer l’inévitable pluie de critiques. Vu les forces en présence et toutes les qualités de management qui viennent d’être soulignées, d’alléchantes confrontations s’offrent à nous !


mercredi 9 juin 2021

Jean-Do VESSIÉ: "Je donne beaucoup, mais je dois recevoir"

 Allons à la rencontre de Jean-Dominique Vessié, qui entame son septième exercice de rang au RSC TEMPLEUVOIS (P2). Une saison qui sera marquée par le centenaire du club, un événement que le coach aimerait honorer comme il se doit sur le terrain. 

Côté Coach vous invite à découvrir cette personnalité marquante du football hennuyer, qui a accepté de répondre pour nous à quelques questions, avant que plusieurs intervenants ne viennent témoigner de leur perception du Guy Roux de la Providence. 




Côté Coach: Jean-Do, peux-tu nous indiquer quels sont les fondamentaux de ta méthode de travail?

Jean-Do Vessié: La passion. Et une ligne de conduite. Je donne beaucoup, tout ce que j'ai même, mais je dois recevoir en retour. Rigueur, discipline, mais aussi fun. Toujours innover, diversifier les entraînements, que ce ne soit pas monotone pour les joueurs. 



Faire progresser le groupe, en sachant me remettre en question et en invitant les gars à en faire de même. Je suis entier et n'ai pas de porte de derrière: si je dois dire quelque chose, je le dis. Je ne donne pas systématiquement d'explications quand un joueur n'est pas repris, mais la porte de mon vestiaire est toujours ouverte en semaine. À ce moment-là, on discute, mais je ne vais pas commencer à justifier mes choix devant tout le monde.

CC: Ta principale qualité comme coach?

JDV: La persévérance, ne rien lâcher, jamais abandonner.

CC: Une qualité que tu aimerais posséder davantage?

JDV: Peut-être plus de dialogue?




CC: Des coachs qui t'ont marqué?

JDV: Je pense d'abord à Jean-Jacques CASTERMAN, qui le premier m'a dit "Toi, tu vas entraîner, je te vois bien dans ce rôle!". Ensuite à Damien DELITTE, qui fut mon professeur à l'école d'entraîneurs. Suite à ces cours dispensés au Futurosport, j'ai bien failli devenir son adjoint à Lessines, en 1997. Philippe BREYNE, bien sûr, qui dirigeait l'équipe première quand j'entraînais les réserves, et qui fut mon parrain de formation à l'Union Belge. Je pourrais encore citer Christian TORFS, que j'ai croisé à Lessines, pour sa gestion de groupe, avec de forts caractères, une main de fer dans un gant de velours. J'ai encore des contacts avec lui. Sans oublier Gérard NAUW, que j'adorais taquiner, et qui fulminait alors en bord de touche: "Bon, Jean-Do, ça suffit" (rires).

CC: Ce que tu attends en priorité d'un joueur?

JDV: Ne pas tricher, être franc et correct.

CC: Et a contrario ce qui t'insupporte le plus?

JDV: L'hypocrisie, donc, les coups de poignard dans le dos. Et le manque de sérieux en général. Les excuses bidon pour ne pas venir s'entraîner. Les joueurs doivent aussi avoir l'honnêteté de dire s'ils ont exagéré la veille du match, sinon c'est toute l'équipe qu'ils pénalisent.

CC: Parle-nous de cette longévité à la tête du matricule 133

JDV: La Providence, c'est ma seconde maison. J'ai joué ici, avec Didier Bocquet entre autres! J'y ai coaché les jeunes avant les adultes. Guillaume Plancquaert, par exemple, je l'entraînais déjà en préminimes, puis en cadets, à l'époque de mon UEFA B. J'ai également travaillé 19 ans à Templeuve - NDLR: dans le domaine bancaire -; j'y suis donc connu. Quand le président m'a appelé pour, selon ses dires, "reconstruire avec du Templeuvois", je n'ai pas dû réfléchir longtemps...


Jean-Do vu par son T2...

Alain HOET a d'abord connu Jean-Do en tant que joueur, à Ere puis à Néchin, pendant 6 ans. Doublure de Laurent Masquelin dans un premier temps, puis gardien titulaire, et finalement ses premiers pas comme coach spécifique, notamment pour Geoffrey Coudou. Alain secondera encore Jean-Do 4 ans au Pays Blanc avant de le retrouver à Templeuve. Au-delà de la complicité sportive, les deux hommes sont à présent liés par une forte amitié. 




"Jean-Do est avant tout un passionné. Rendez-vous compte qu'il est incapable de manger le dimanche midi! Le football tient une place énorme dans sa vie. Quand il rentre chez lui, c'est encore pour regarder des matchs... Comme coach, il est très rigoureux; je dois parfois le raisonner sur ce plan, en lui rappelant que nos joueurs ne sont pas pros, même s'il se tempère avec l'âge. Tellement méticuleux aussi: tout est préparé et réfléchi. C'est d'ailleurs le point sur lequel il ne transige pas: le manque d'application par rapport au travail de la semaine le fait sortir de ses gonds, tout étant organisé en fonction soit de ce qu'il veut voir soit de l'adversaire." 

"Travail, persévérance et ambition le caractérisent. Il est arrivé ici dans un club en pleine reconstruction, mais il s'est dès le départ fixé des objectifs: avec les moyens du bord, aller chercher un tour final."

"C'est un homme complètement différent lors de la troisième mi-temps; il se libère alors de la concentration extrême qui fut la sienne des heures durant..."


... et par son capitaine, Arnaud CROIN




"Je pointerais d'abord son grand sérieux dans la préparation des matchs. À la théorie, nous apprenons tout des points forts et des points faibles de nos adversaires. C'est top pour un joueur. Le coach se donne à 200% pour l'équipe et pour le club. Il arrive à 18h pour l'entraînement de 19h15. Mentalement, ça me ressemble un peu. Jean-Do aime les joueurs qui ne lâchent jamais rien. On connaît son caractère, on sait qu'il crie, mais ça va mieux qu'avant. Et puis, ce n'est jamais le joueur qui est visé en tant que tel, c'est toujours par rapport à un fait de jeu."

Le regard de ses collègues coachs

Fabien DELBEEKE, AS Obigies

"J'ai découvert Jean-Do lorsqu'il entraînait les Espoirs du RFC Tournai. Je dirais un passionné, assez stressé, et superstitieux! D'ailleurs, avant un match, il a pour habitude de s'isoler dans le dug-out. C'est un entraîneur qui vit le match, tout le temps occupé à encourager et replacer ses joueurs. Je dirais très fort en voix (rires). Il essaye de leur donner un maximum d'infos sur l'adversaire. Un coach que j'ai toujours plaisir à affronter!"

Giovanni SEYNAEVE, RFC Luingne

"Si Jean-Do peut paraître froid au premier abord, c'est quelqu'un de charmant quand on le connaît davantage. Il a beaucoup d'expérience dans le foot provincial, et connaît super bien la P2. C'est un entraîneur qui demande beaucoup de rigueur, de discipline et de saine agressivité à ses joueurs. Un vrai roublard, qui a beaucoup de malice, ce qui peut parfois énerver le coach adverse (rires). Il est aussi très fin tactiquement."

"À côté de ça, c'est quelqu'un de très convivial - j'en sais quelque chose, nos fils jouent ensemble en U13 à l'Excel - et avec un grand sens de l'humour."

Johan DEVOS, JS Isières

"Jean-Do, c'est l'ancienne école, quelqu'un qui incarne le respect par sa longévité et sa motivation toujours intacte. C'est un meneur d'hommes, avec beaucoup de charisme, et un fin tacticien. La première fois que je l'ai croisé, c'était à Lessines. Les bancs étant très proches l'un de l'autre, j'ai pu m'apercevoir qu'il criait très fort (rires)! On a sympathisé après le match et nous sommes restés en contact depuis, avec beaucoup d'infos échangées sur les adversaires."

Quentin WINBERG, AC Estaimbourg

"Jean-Do est un véritable passionné. Il vit son match comme personne. J'ai toujours été impressionné par cette passion qui ressort au bord du terrain. Je pense qu'il est respecté par son vestiaire, et qu'il parvient à maintenir cette autorité quoi qu'il arrive. Il sait créer un groupe et s'entourer de gars qui seront prêts à se battre pour lui. Il a selon moi une relation privilégiée avec ses joueurs. C'est un vrai meneur d'hommes. Il connaît par coeur la P2 et les joueurs qui la composent. Si Templeuve figure toujours dans mes favoris, c'est grâce à lui!"

Miguel LIONAISE, Péruwelz B

"J'ai évolué une saison sous les ordres de Jean-Do, quand il est arrivé au Pays Blanc en succession de Thierry Procureur. J'avais alors un a priori négatif lié à son fort volume vocal subi en tant qu'adversaire. Une fois de son côté, on s'y fait, à la limite on ne l'entend plus. Il est à fond dans le scouting, c'est très détaillé. D'ailleurs, quand nous étions blessés, il nous demandait parfois d'aller visionner un match. Peut-être pouvait-on alors - c'était il y a 15 ans! - lui reprocher un léger manque de communication, sur des choix ou des changements de compo qui nous paraissaient surprenants. Même si un coach n'a pas à se justifier, je crois que c'est toujours bien d'expliquer."

"Mon ressenti actuel est que c'est quelqu'un de très compétent, qui maîtrise son sujet, connaît très bien le foot et les joueurs. Il gère bien ses groupes, sait tirer parti de leurs qualités. J'ai pu le sentir parfois un peu fatigué de la mentalité - ou du manque de mentalité! - de la génération actuelle." 


La semaine de Jean-Do en période de compétition


Lundi : analyse du match, préparation du débriefing du lendemain : ce qui aurait pu être mieux, mettre le doigt sur les petites erreurs, mais toujours encourager, expliquer, montrer

Mardi : débriefing avec tour de table (environ 15’) ; entraînement basé sur les points à améliorer, afin que les joueurs puissent assimiler les corrections à apporter

Mercredi : coups de fil à quelques collègues coachs (parfois déjà le lundi) pour collecter de précieuses infos sur l’adversaire

Jeudi : deuxième séance de la semaine, et discussion en staff pour envisager la sélection

Vendredi :

(jusque fin septembre, 3 entraînements/semaine)

Le matin, finalisation de la sélection, qui sera communiquée le soir. Sur le terrain, mise en place tactique, positionnement en fonction de l’adversaire, phases de jeu, phases arrêtées défensives et offensives. En n’oubliant pas de terminer par le fun, histoire de relâcher un peu la pression

Samedi Préparation des feuilles qui seront affichées au vestiaire, et projection sur les entraînements de la semaine à venir (possiblement rectifiés en fonction de la tournure du match)

Dimanche matin relecture des notes et… 5 km de jogging





vendredi 28 mai 2021

Charly Vanherpe, "T2 sur papier, mais pas dans l'esprit"

 Après avoir dirigé l'équipe première de l'ASC Havinnes (P2) trois saisons durant, Charly Vanherpe a mis le cap sur Molenbaix (P1), et s'apprête à y découvrir le rôle d'adjoint aux côtés de Fred Debaisieux.




Côté Coach: Ton expérience à Havinnes était-elle une première dans le coaching, ou es-tu au préalable passé par les jeunes?

Charly Vanherpe: J'ai entraîné les U12 de... Molenbaix une saison; c'était très chouette, mais je restais un peu sur ma faim sur le plan de la mise en place tactique. 



Le passage en adultes m'est donc vite apparu comme une évidence, et la proposition des dirigeants havinnois est vraiment venue au bon moment.

CC: Comment envisages-tu cette transition d'entraîneur principal vers un rôle de second?

CV: C'est un choix bien réfléchi mais en même temps instinctif, que je ne vis pas du tout comme une régression. Le discours de Fred m'a immédiatement séduit. 



J'ai aussitôt perçu dans ses paroles la volonté d'un vrai travail d'équipe, avec Olivier Lignian, le coach des gardiens. Une cohésion que j'ai pu ressentir dès l'élaboration de la saison à venir. Je crois pouvoir dire que je serai un T2 sur papier mais pas dans l'esprit. De plus, je suis un jeune entraîneur - Charly aura 38 ans en août -, et je vais beaucoup apprendre au contact d'un leader qui est une pointure dans le foot provincial. C'est un apprentissage qui ne peut que m'aguerrir. Le terrain aussi va me permettre d'évoluer.




CC: Ne crains-tu pas quand même que la causerie au vestiaire ne te manque?

CV: Il est clair que j'appréciais l'approche tactique et le discours d'avant-match en tant qu'entraîneur principal, et qu'ici c'est évidemment Fred qui aura la parole, mais il y aura une réflexion concertée en amont. Et puis, mon passé de demi-défensif, celui qui travaille dans l'ombre au service des autres, sans chercher à se mettre personnellement en valeur, m'a appris à valoriser l'esprit collectif. 



CC: Quelles sont les tâches qui te seront confiées?

CV: Pour ce qui est du travail en semaine, je prendrai en charge la mise en train et la première partie de l'entraînement, ce qui inclut la préparation physique. Nous pourrions aussi diviser le groupe en deux et nous répartir les objectifs. La stratégie est plus du ressort du T1, mais nous l'envisagerons de concert.  Le scouting des adversaires fera également partie de mes attributions. Pour ce qui est de mon rôle pendant les matchs, Fred me le précisera en temps voulu.

CC: Vous vous êtes croisés lors de la saison 18-19, qui a vu les Molenbaisiens accéder à l'élite provinciale. Quels souvenirs gardes-tu de la double confrontation?

CV: D'excellents souvenirs. Accueillir Molenbaix en journée d'ouverture était déjà un joli clin d'oeil de la programmation. Cela s'était terminé par un 0-0 mais au terme d'un match très plaisant. Quant au retour, il était prévu lors de la dernière journée avant la trêve de fin d'année. J'avais briefé mes joueurs sur le fait que ce rendez-vous me tenait particulièrement à coeur, et le message était bien passé puisque nous étions parvenus à nous imposer 0-2, ce dont je n'étais pas peu fier!

CC: Visiblement, Fred n'entretient pas de rancoeur particulière après ce 1 sur 6?

CV: Bien sûr que non, même si nous sommes tous deux des gagneurs. Ce goût partagé pour la compétition est d'ailleurs un signe avant-coureur positif de notre collaboration. Ca peut coller avec lui sur ce plan-là: être conquérant, rechercher la victoire plus qu'éviter la défaite. 




CC: Olivier Lignian n'aura-t-il pas à jouer le rôle de tampon entre vous dans le dug-out? (clin d'oeil)

CV: Peut-être, effectivement, un peu d'eau pour éteindre les feux (rires). Mais en trois années de T1, avec quelques joueurs au tempérament bouillant, j'ai appris à temporiser. Et Fred a, pour sa part, acquis suffisamment d'expérience pour maîtriser ce paramètre.


samedi 15 mai 2021

Jimmy DUBART et la reprise après cette longue interruption: "Les dégâts sont limités"

 Jimmy DUBART, 32 ans, prof d'éducation physique, diplômé UEFA B et Préparation physique à la Faculté des Sciences du Sport de Lille, est préparateur physique au Pays Vert Ostiches-Ath depuis quatre saisons, et désormais T2 de Jimmy HEMPTE. C'est une double blessure aux ligaments croisés qui l'a fait s'orienter très jeune vers le coaching. Il envisage désormais de se lancer à la conquête de l'UEFA A. Avec l'objectif de devenir T1? "Plutôt celui de monter. Et il me paraît plus réaliste d'envisager gravir des échelons comme T2 ou préparateur. Dans cette optique, je suis attentif à toutes les innovations dans un domaine qui ne cesse d'évoluer. J'ai d'ailleurs mis à profit cette période d'inactivité forcée pour bouquiner et participer à des webinaires."

Outre la gestion d'un collectif, Jimmy a aussi une expérience comme coach personnel, et s'est déjà occupé de footballeurs comme Laurent DEPOITRE ou Charly MORREN     

      


                                        

                   

                         
Nous l'avons rencontré pour avoir l'avis d'un spécialiste sur les conséquences d'une interruption forcée de sept ou huit mois au lieu des deux habituels de trêve, et sur les précautions à prendre pour une reprise raisonnée des entraînements.

Côté Coach: Comment envisages-tu la reprise avec le groupe après une si longue interruption?

Jimmy DUBART: Pour l'instant, nous organisons diverses activités pour reprendre en douceur: padel, tennis, run & bike, agora, tennis-ballon... Cela permet aux joueurs de se retrouver, du moins ceux qui le peuvent car certains travaillent le samedi matin. Nous nous verrons ensuite une dizaine de jours, du 20 au 30 juin, avec un gros volume de travail, qui aura été préparé par un programme individuel de quatre semaines. La reprise normale est fixée à la mi-juillet, avec un stage, probablement à la Côte.




CC: Pas trop de craintes quant à l'état de forme dans lequel tu vas retrouver tes joueurs?

JD: Non, chez nous, les dégâts seront limités. La plupart ont gardé une condition relativement stable en continuant à pratiquer un sport. Le risque principal est la prise de poids, surtout de masse grasse, avec une perte de masse musculaire. Nous veillerons à les remuscler le plus progressivement possible. Ensuite, c'est essentiellement le rythme qu'il faudra retrouver. J'envisage de les tester directement et de leur assurer un suivi individualisé, encore plus que les autres années. Nous avons l'habitude d'utiliser le VAMEVAL, mais nous pourrions innover avec le 30/15 IFT (Intermittent Fitness Test) (1). Le but étant toujours d'organiser des groupes en fonction de la VMA.

CC: On constate un grand nombre de blessures chez les pros. Quelles mesures comptes-tu prendre pour prévenir le risque?

JD: Beaucoup de proprioception (cheville, genou...) et de mobilité des hanches. Pour ce qui est des étirements, tant passifs qu'activo-dynamiques, je préfère rester prudent. L'évolution est rapide et constante à ce niveau. Laurent Depoitre me disait ainsi qu'à La Gantoise, on ne pratique que les mouvements articulaires. De mon côté, je laisse faire le joueur qui aime s'étirer, dans sa routine d'avant-match notamment.




Cette année, nous aurons par ailleurs l'opportunité de faire passer des tests isocinétiques aux joueurs, l'ACFF permettant aux D2 et D3 amateurs de se rendre au CAPS (Centre d'Aide à la Performance Sportive). Mario INNAURATO, que l'on ne doit plus présenter dans le domaine de la PP, participe à ce projet (2). Heureuse initiative qui nous apportera de précieuses informations pour le suivi individuel de chacun. Un gars comme Jason Vandeville, qui souffre d'instabilité aux ischio-jambiers, tirera le plus grand bénéfice d'un bilan personnalisé.

CC: Comment ta préparation physique s'intègre-t-elle dans le schéma global d'entraînement, et quelle périodisation privilégies-tu?

Ma prise en charge intervient en parfaite adhésion avec le plan de travail de Jimmy. Nous planifions ensemble le travail de la semaine. Le mardi, j'anime au minimum 45 minutes, en lien avec la périodisation tactique. Nous privilégions les jeux réduits, avec des surfaces bien délimitées, et un thème pré-défini. Par exemple, pour exercer la reconversion, nous envisagerons un 6c6 sur deux petits terrains. L'équipe qui perd le ballon doit se rendre le plus rapidement possible sur l'autre aire de jeu.




Ma périodisation athlétique est organisée sur quatre semaines. Les trois premières sont construites en intensité progressive: endurance aérobie, fartlek, fractionné long, moyen, court. Et la quatrième plus cool. Hubert LEMAIRE nous a récemment parlé de son bloc de trois semaines, mais dans un club pro, il y davantage de séances hebdomadaires.


(1) https://martin-buchheit.net/the-30-15-intermittent-fitness-test/ 

(2) http://www.capsport.be/ ; https://www.acff.be/nouvelles/lacff-et-le-caps-vont-aider-les-clubs-de-d2-amateurs-progresser-sur-le-plan-medico


lundi 10 mai 2021

La préparation physique au coeur de la formation

 De l'éducation physique à la préparation physique



Quentin et Jérôme entourés de leurs amis Simon Leconte et Arnaud Dumoulin

Jérôme THÉMONT et Quentin PARENT, tous deux 34 ans, sont avant tout amis et de grands sportifs. Ils ont entrepris et réussi ensemble leur Bachelier Éducation Physique à Nivelles, à l'issue duquel ils se sont spécialisés en suivant avec succès une année de formation complémentaire en Préparation Physique à l'Université de Lille. 

Outre son temps plein à Neerpede, Jérôme a conservé un mi-temps dans l'enseignement; il déplore une tendance inquiétante chez nos jeunes: "Leur condition physique globale est dramatique. Conséquence du monde virtuel dans lequel ils baignent? Certains ont du mal à trouver des centres d'intérêt, et se complaisent à ne rien faire, alors qu'on n'a jamais connu un tel choix d'activités. Concernant le sport, nous essayons de les sensibiliser. Si je devais les coter sur un test Cooper comme on le faisait il y a quelques années, ce serait une catastrophe. Nous sommes obligés d'évaluer la progression, en essayant de les motiver par un discours positif et encourageant."

À bonne école

Nos deux coachs ont pu s'appuyer sur d'éminents pédagogues pour les guider dans leur apprentissage. Tous deux s'accordent pour reconnaître en eux des modèles inspirants. C'est d'abord Jérôme qui nous parle de Bernard DECABOOTER, qui l'a conseillé à Mouscron:




"J'ai eu la chance de rencontrer un excellent maître de stage. Bernard a pris le temps de transmettre les leçons de son expérience. J'ai découvert en sa personne un vrai formateur, qui a mis tout son coeur à m'aiguiller. C'est une rencontre qui a compté dans ma vie. Il incarne pour moi toute l'importance de l'humain dans le foot, comme on a encore pu le voir récemment entre Conte et Lukaku par exemple."

Pour Quentin, c'est en bord de Meuse que s'est fait l'écolage. Il a eu l'occasion de côtoyer le regretté Guy NAMUROIS au Standard: "Une référence dans le domaine, une sommité même. Guy aimait les fondamentaux. Je me demande ce qu'il penserait de l'évolution actuelle, et de cette forme de robotisation via les datas."



Quentin a visiblement fait ses preuves durant ce stage puisqu'il a été embauché au Sart-Tilman, où il est resté jusqu'en 2012: "Un mi-temps à l'école St-François d'Ath, et un autre au Standard de Liège, une situation certes enviable mais cela faisait beaucoup de temps sur les routes." 

En binôme à Neerpede

C'est en 2012 que le Frasnois retrouve au Sporting d'Anderlecht son ami Jérôme qui, lui, y était depuis 2009, par l'intermédiaire du Tournaisien Hubert LEMAIRE. 



C'est lorsque celui-ci a intégré le staff de l'équipe première à la demande de John van den Brom que l'opportunité s'est présentée pour Quentin d'être embauché par le club bruxellois.

Préparateurs et coordinateurs

Employés à temps plein, ce qui veut dire six jours sur sept au Centre de formation, nos régionaux y gèrent la coordination de la préparation physique, des U11 aux U18. 


                                                      




"Chez les plus jeunes, entre 10 et 12 ans, il s'agit plutôt d'éducation physique, avec un accent mis sur le jeu et le plaisir: beaucoup de variété, un maximum de situations s'apparentant à la gymnastique. En U13 déjà, et davantage encore en U14, nous les sensibilisons aux postures, y apportant des corrections. Nous entraînons au fur et à mesure leur stabilisation et leur mobilité."

"Un préparateur physique travaille en symbiose avec le coach dans chaque équipe. Nous convenons avec eux d'un plan de travail hebdomadaire, en fonction d'un thème désigné, par exemple l'intensité via des séquences d'intermittent en 15/15. Il y a des constantes, comme la mobilité des hanches le lundi ou le mardi, la musculation en salle le mercredi, la vitesse intégrée ou dissociée d'office une fois/semaine."

Outre cette mission de planification et de supervision, Jérôme fait partie du staff des U18: "L'entraînement physique s'y fait essentiellement dans l'intégré, l'ère Kompany valorisant davantage encore le travail avec ballon. Avec les coachs, nous travaillons souvent par plateaux. Je suis notamment chargé de veiller au timing et à la bonne répartition des temps de travail / temps de récupération."



Ce qu'on fait en plus des autres fait la différence

De son côté, Quentin s'occupe de la réathlétisation des joueurs revenant de blessures, ainsi que du travail individuel des talents - tels Duranville, Azaouzi, Butera, qui viennent de signer leur premier contrat pro - à partir des U15: "En fonction de certaines carences physiques, qui sont déterminées par des tests spécifiques, je leur concocte des séances individuelles supplémentaires. Ce qui n'est pas toujours facile car il faut jongler avec l'horaire scolaire. Nous pouvons placer ces séances sur le temps de midi, ou alors le joueur vient plus tôt au club. Pour y travailler par exemple la posture, la souplesse, la force de la chaîne postérieure, etc."

© NordEclair.be

Jérôme abonde dans le même sens: "La culture du travail s'inculque, jusqu'à devenir un plaisir. Les joueurs ne voient pas l'entraînement athlétique comme une punition, mais comme une plus-value pour renforcer leur progression. C'est une grande satisfaction pour nous de voir des Sardella, Ait El Hadj, Cana et autres évoluer directement en Première sans passer par les Espoirs, le coach faisant confiance aux jeunes."

Tirer le meilleur développement de chacun

La préparation physique est un domaine qu'il convient de maîtriser parfaitement, et dont l'importance est cruciale pour un développement harmonieux de l'adolescent, notamment pour la prévention des blessures: "Parce qu'un joueur fit est un joueur qui encourra moins de blessures musculaires, rappelle Jérôme. Nous devons tenir un compte rigoureux des jours d'entraînement et de la charge de travail."

Nos interlocuteurs insistent sur le respect primordial de l'évolution propre à chaque jeune: "Il ne faut pas aller trop vite à les faire travailler comme des hommes, lance Quentin. Le processus prend du temps, et l'analyse critique doit être individuelle. Un tôt mature de quinze ans qui surpasse ses équipiers en vitesse pourrait croire qu'il a régressé en U18-19, mais nous le rassurerons en lui expliquant que c'est l'écart physique entre eux qui a diminué." 

"À quatorze ans, ils se voient en équipe première à seize, poursuit Jérôme. C'est un peu fou. Lukaku l'a fait, mais ça reste une exception. Le processus de développement se termine à vingt-et-un ans. En fonction de leur âge de développement, nous devons viser la progression optimale de chacun. Mettre des joueurs dans des cases ne fonctionne pas. Je repense à Alexis Saelemakers, qui était un tard mature; en U15, il était limité sur le plan de la vitesse, mais très agile et réactif."

Les différentes filières

L'intermittent est l'exercice qui se rapproche le plus de l'effort en match: "On le placera généralement à J-3 (c'est-à-dire trois jours avant le match), précise Jérôme. Lorsqu'il s'agit de course pure, les joueurs ne peuvent pas se cacher. Pour l'intermittent avec ballon, cela dépend un peu de la qualité technique et de leur bon vouloir. Avec du 15/15 pendant six minutes, on s'entraîne à haute intensité. Pour ce qui est de la vitesse, on envisagera la réactivité à J-1. Si c'est J-2, on peut aller un peu plus loin et ajouter une dizaine de mètres au sprint. Nous travaillons beaucoup moins en résistance. Celle-ci est ponctuellement sollicitée via une récupération plus courte. C'est en effet le temps de récupération qui détermine la filière dans laquelle on se situe."

Et au niveau régional?

Pas le moindre soupçon de supériorité chez ces coachs qui exercent au plus haut niveau de la formation, mais au contraire beaucoup de respect pour les collègues des provinciales: "On y fait souvent du très bon travail, reconnaît Jérôme. Surtout maintenant que la plupart sont bien formés pour la fonction. Et quand on travaille seul, on est d'office impliqué à fond. Plus un staff est grand, plus le risque existe qu'on ne donne pas la pleine mesure de son potentiel."

Quels aspects propose-t-il de privilégier quand on ne dispose que de deux ou trois séances hebdomadaires? 

"Je soulignerais d'abord l'importance d'une bonne préparation. Lorsqu'un coach dispose d'une équipe bien préparée, il peut rester le plus possible dans l'intégré, avec pour conséquence positive que les joueurs ont plaisir à venir s'entraîner. De plus, quand un joueur est bien physiquement, sa technique s'exprimera mieux, et il fera plus facilement les efforts. Pour appliquer les principes d'un coach, il faut de bonnes bases physiques, outre le fait qu'une condition au top constitue la meilleure prévention des blessures."

"Ensuite, la planification envisagera le volume et l'endurance à J+2 ou 3, la vitesse toujours le plus près du match. J'insisterais également sur la mobilité (souplesse en mouvement), sous forme d'exercices visant à rechercher une plus grande amplitude dans le mouvement. Enfin, il est utile de rappeler tous les bénéfices que l'on peut tirer du renforcement musculaire. Chez nous, un Verschaeren est très gainé, Sambi Lokonga était fluet à 15-16 ans, ils peuvent maintenant rivaliser dans le duel physique avec des gabarits supérieurs."


mardi 4 mai 2021

"Je suis si fier de mes joueurs" : le match de Pep Guardiola



 

Tout au long de la demi-finale retour face au PSG, nous avons observé les attitudes du coach de City pour les mettre en rapport avec sa conception du coaching, exprimée dans l’ouvrage de Marti PERARNAU intitulé Pep Guardiola, The Evolution (Arena Sport, 2016).

Deux aspects ressortent de son discours d’avant-match :

-        La mise en garde : « Une demi-finale retour est toujours le match le plus difficile »

-        L’appel au calme : « Nous devons contrôler nos émotions »

Cette approche est conforme à sa philosophie habituelle : « Au lieu de discours enflammés j’ai développé des stratégies pour calmer leurs esprits et les garder dans le moment présent », et l’abord mental de l’opposition : « Il est impossible d’affronter un match correctement si vous ne craignez pas vos adversaires ».

D’où le front tendu par les rides que l’on a pu observer en tout début de match (2e). « Il est constamment en train de revoir mentalement tous les risques potentiels, explique Perarnau, et ceci ne le rend pas seulement très prudent sur les décisions qu’il prend, mais cela lui donne aussi un air de pessimisme. »

Danger potentiel qu’il perçoit immédiatement sur le coup-franc axial provoqué par Neymar à la 14e, ce qui l’amène à hurler, ou sur la tête de Marquinhos qu’il voit avec soulagement heurter la barre (16e).

L’adrénaline est évidemment omniprésente dans le coaching de Pep : il accompagne les mouvements de l’équipe, de droite à gauche dans son dug-out (33e), qu’il quitte régulièrement pour s’approcher davantage de la ligne et de ses joueurs, afin de les guider comme l’un des leurs (45e, 56e, 60e).

Il vit pleinement le match, râle parce que Zinchenko joue en retrait (23e), s’accroupit mains sur la tête suite à une dangereuse perte de balle de Mahrez (55e), réclame les fautes à l’arbitre (49e), savoure les buts et jubile pleinement : « Tout est question d’émotion, de passion. »

Pep justifie cette tension comme étant nécessaire à la compétitivité. Il cite Michaël Jordan qui avait l’habitude de dire que si vous n’avez pas d’ennemis, vous devriez vous en faire. « En sport, vous devez être un peu remonté et tendu ». Le sourire narquois adressé à Danilo suite à sa carte jaune en toute fin de match peut s'interpréter dans ce sens.


© Franceinfo

Dans son esprit, cette tension se doit en effet d’être maintenue jusqu’au coup de sifflet final : « Concentration totale pour toute la durée du match. Ne jamais, jamais se relâcher. Effort maximal. Toujours. Si je me relâche, l’équipe se relâche». On comprend mieux l’intensité qu’il met encore dans son coaching dans les dix dernières minutes, quand l’adversaire semble résigné. Tout au plus s’assiéra-t-il quelques instants à la 89e.

Le football total qu’il prône dans la lignée de Johan Cruyff se traduit dans ses appels gestuels à la reconversion : tout le monde défend (67e) !

Pep Guardiola est un tactile. On l’a vu très proche de son adjoint dès la mi-temps sifflée, et au retour des vestiaires. Lors des changements aussi. Il prend Aguero dans ses bras avant sa montée au jeu, Foden à sa sortie du terrain. « Si vous voulez vraiment savoir ce que j’attends de la vie, de mon métier, j’en attends d’être aimé ».


© Lequipe.fr

Ses premières paroles en conférence de presse ont été pour les joueurs qui n'ont pas été alignés ce soir. Ca aussi, c'est typique de sa sensibilité et de sa délicatesse: "Ce n'est pas facile car je dois laisser des joueurs en dehors de l'équipe, et alors ils supposent que je ne les aime pas". 

On peut être sûr de ce que le coach de City ne laissera pas ses hommes s’endormir sur leurs lauriers. Fidèle à sa vigilance de principe, « c’est quand vous gagnez que vous devez être le plus vigilant », il va déjà tourner leurs regards vers les prochains objectifs.

Il se base pour cela sur les enseignements de Garry Kasparov, le célèbre maître des échecs : « Quand vous gagnez, vous créez l’illusion que tout va bien. Nous voulons tous célébrer une victoire, pas l’analyser. La complaisance est un ennemi dangereux. »


 

 

samedi 1 mai 2021

Philippe Saint-Jean: l'amour du sport et des jeunes

Transmettre est la seule manière de rester fidèle à ce qu'on a reçu (Enzo Bianchi)

 

Plus de quarante ans dans le coaching, dont une trentaine dans la formation, Philippe SAINT-JEAN fait sans aucun doute figure de référence en la matière. Un passionné, dingue de travail, à l'impressionnante collection de données, qui a beaucoup à transmettre mais qui en même temps garde une grande soif d'apprendre pour, comme il le dit si bien, "constamment réactualiser".

À peine remis de l'immense déception provoquée par la descente de l'Excel Mouscron et des conséquences sur "son" Futurosport, Philippe a accepté de nous recevoir pour évoquer la philosophie qu'il retire de sa grande expérience dans le domaine de la formation.



© Vivreici.be

Dans l'ombre des Castors

Côté Coach: Philippe, peux-tu retracer pour nous les prémices de ta carrière et tes premiers pas de formateur?

Philippe St-Jean: Dès l'âge de 15 ans, je frappais aux portes de l'équipe première de Braine-l'Alleud, ce qui m'a donné l'occasion d'y côtoyer un coach qui avait de l'éloquence, et qui m'a immédiatement impressionné. Dix ans plus tard, une grave blessure au genou m'obligeait à mettre un terme précoce à ma carrière de joueur. C'est ainsi que j'ai commencé à entraîner des jeunes à 26 ans, suivi les cours de l'Union Belge et obtenu mon diplôme à 30 ans!

Trois ans plus tard, l'entraîneur de l'équipe première, Maurice SMEETS, et le président du club me demandaient de reprendre le flambeau en P1. Ce que j'ai accepté, tout en gardant un oeil sur la formation. À deux reprises, nous finirons deuxièmes en Promotion. Hélas pour nous, le bourgmestre a privilégié le basket, les Castors étant en plein essor. 

En équipe nationale

CC: En même temps, tu as très vite été engagé aux côtés d'Ariel JACOBS à la Fédération!

PSJ: On m'a effectivement confié les 10-12 ans, catégorie qui venait d'être lancée, et qui faisait l'objet d'un large travail de repérage; j'allais visionner en Flandre, mon homologue flamand en faisait de même chez nous. C'était la génération des GENAUX, GOOSSENS, DEFLANDRE, DE BRUL... Nous étions plutôt bons dans l'ensemble. Je me souviens par exemple d'une victoire 3-0 face aux Pays-Bas, mais aussi d'une défaite 0-3 contre les Français, en comparaison desquels nous accusions un net retard technique.

Le fil rouge

CC: D'où cette volonté de commencer plus tôt?

PSJ:  À l'époque, on ne jouait pas avant 8-10 ans. J'ai décidé de lancer les cinq ans à Braine-l'Alleud, dans ce qu'on peut appeler la pré-formation. Beaucoup de gens, des professeurs principalement, y ont cru et m'ont suivi dans ce projet. C'est ainsi que nous avons pu initier de nombreux éducateurs bénévoles. 

Ce plan de formation, avec un fil conducteur des plus petits jusqu'aux adultes, tenait la route. Franky VERCAUTEREN, de retour du FC Nantes, s'y est intéressé de près et a visiblement trouvé pas mal d'intérêt à mes fardes. Pär ZETTERBERG, le fils de PERUZOVIC, les fils VANDENSTOCK sont aussi passés par notre club. 

L'appel de Detremmerie

J'aurais bien pu ne jamais quitter le Brabant wallon et y poursuivre ma mission à la manière d'un Guy ROUX, mais Jean-Pierre DETREMMERIE a réussi à me convaincre. "Tu feras exactement la même chose ici", m'a-t-il dit. C'est ainsi que le Futurosport a vu le jour. J'en suis redevenu le directeur en 2018. Aujourd'hui, nous nous battons pour ne pas tout perdre suite à la descente. Nous avons par exemple des 2004 exceptionnels que nous tenons absolument à garder.

CC: Comment analyses-tu les soubresauts vécus par les clubs et la difficulté à maintenir une ligne de conduite dans la durée?

PSJ: Régulièrement, dans les clubs où je suis passé, il y a toujours eu un problème qui s'est présenté au terme d'un cycle de trois ans. Au moment où l'on s'apprêtait à récolter les fruits de notre travail, qu'on allait être dans la sérénité, la mécanique venait à se gripper. Ce sont par exemple les dirigeants ou les managers qui prétendaient que tel ou tel joueur n'avait pas le niveau que l'on venait d'atteindre. J'ai notamment connu ça à Tubize lors de notre accession en D1, ou à l'Excel, lors de l'arrivée de la direction lilloise en 2012. Dans ces cas-là, ma décision ne tardait pas, ce serait sans moi.



© LeSoir.be

CC: Quelle est ton évaluation sur le niveau de la formation en Belgique?

PSJ: Il y a deux obstacles majeurs. Tout d'abord la question des moyens. Seuls les clubs plus puissants peuvent investir dans des entraîneurs pro. Ensuite, il y a une lacune énorme pour les équipes réserves, qui ne jouent pas à un bon niveau, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays, comme le Portugal, l'Allemagne ou les Pays-Bas. Chez nous, la plupart des clubs s'opposent à l'idée d'intégrer les équipes B dans les divisions supérieures, notamment par crainte de recettes insuffisantes. Ce serait pourtant intéressant de pouvoir faire mûrir des gars de 17-18 ans contre des hommes.

L'amorti de la tête de Benzema

CC: Quelle évolution as-tu constatée tout au long de ta carrière?

PSJ: Surtout une évolution technique. Je suis convaincu qu'il faut étudier le haut niveau pour le transférer chez les jeunes, en découpant le travail, avec des gammes répétitives. Ainsi, quand j'ai vu le but exceptionnel de Karim Benzema face à Chelsea, j'ai aussitôt envoyé la vidéo à nos formateurs, les invitant à répéter ce geste devenu rare de l'amorti de la tête, en adaptant bien sûr l'exercice pour les plus jeunes.

Magritte, l'inspirateur

CC: On connaît toute l'importance du plan mental dans ton travail. Peux-tu nous en dire plus?

PSJ: Tout est parti de Magritte. Quand je regarde un de ses tableaux, je me demande ce qu'il a voulu dire. Pareil pour le football: une photo, une vidéo, un power-point, associés à une phrase pour faire passer le message. Avec Sébastien HUYGHE, nous avons conçu un ouvrage de 500 pages sur le plan mental. Il est prêt, mais avant d'envisager son édition, nous devons encore obtenir différents droits, notamment pour les photos.



Sébastien HUYGHE, actuel T2 du RFC Liège - © Dhnet.be

Nous développons cinq plans mentaux tout au long de la formation. Avec les plus petits, nous commençons par les familiariser au sujet grâce au programme intitulé "Qu'est-ce que le mental?". Avant de passer au "savoir-vivre ensemble". Cette discipline de groupe qui se met spécialement en place durant les six semaines de préparation, en fonction de ce que l'on observe.

La charte de la discipline

Cette charte débute par la poignée de mains et le sourire. Ensuite, c'est avant tout une question de respect: pas de papiers ni de bouteilles par terre, les sacs alignés dans la buvette; respecter l'heure de rendez-vous, avec les ballons qui sont prêts au loin, etc.

Par la suite, nous aborderons la gestion des problèmes, qui évoluent avec le temps, comme celui des managers et des rabatteurs, qu'il convient d'évoquer avec les jeunes susceptibles d'entrer dans le foot pro.

Les clés du succès

© Sudinfo.be

"Ce qui est bien commencé est déjà à moitié réussi" (PSJ)

Nous avons déterminé 40 clés du succès, qui peuvent être choisies en fonction du moment et du contexte. Par exemple, la confiance en soi (clé 19), l'audace (clé 21), savoir perdre (clé 31), pour aboutir à la quarantième, la force tranquille, c'est-à-dire les équipes dont tu es sûr qu'elles vont se donner à fond, que tu gagnes ou que tu perdes...

L'exemple de Grégoire Neels

Une de ces clés, la troisième, porte sur l'ambition. Elle peut être abordée la semaine qui précède le premier match. Les joueurs doivent avoir des objectifs à moyen terme: que rêvent-ils d'être dans le foot, où veulent-ils arriver? Pour moi, un jeune de 16 ans dans un club pro doit rêver de l'équipe nationale.  Grégoire NEELS, joueur emblématique de l'AFC Tubize, est un parfait exemple de cette volonté d'arriver. Alliant intelligence et mental, ce garçon a gravi les échelons avec son club formateur jusqu'à pouvoir goûter à la D1!

Le sourire

CC: Quelles sont selon toi les principales qualités attendues d'un formateur?

PSJ: L'amour! Du sport, et des jeunes. Le seul critère d'évaluation, c'est: est-ce que les joueurs évoluent et sont heureux? À la fin de l'entraînement, il suffit que je leur demande s'ils se sont amusés et s'ils ont appris quelque chose. Si je les vois sourire quand je vais les saluer, c'est gagné.

Le foot, c'est...

CC: Le foot est donc bien une école de la vie?

PSJ: C'est évident. À bien des points de vue: l'esprit d'équipe, l'intégration, la force mentale pour surmonter une blessure ou la déception d'être sur le banc. La prise de responsabilité d'un enfant de 6 ou 7 ans qui va tirer un pénalty décisif lors d'un tournoi, qui débouchera sur de la joie ou, au contraire, de la frustration. Lui apprendre les bonnes techniques de respiration, qui pourront lui servir dans diverses circonstances de la vie, comme de passer un oral à l'école. C'est tout le sens du plrogramme intitulé Le foot, c'est..., que nous développons spécifiquement à partir des 15 ans.


Le témoignage de Grégoire NEELS

On pouvait dire de lui qu'il changeait la vie (Jean-Jacques Goldman)

CC: Qu'est-ce qui te vient spontanément à l'esprit si j'évoque pour toi Philippe Saint-Jean?

GN: Un homme et un coach extraordinaires. J'ai pu travailler avec lui une dizaine d'années, ça a été une grande chance dans ma vie. L'homme que je suis aujourd'hui, c'est en grande partie à lui que je le dois. Avec Philippe, on ne parlait pas que de foot, c'était une véritable école de vie. L'apprentissage était complet. En fait, il était à l'avance d'une vingtaine d'années sur son temps, dans sa manière de voir les choses, d'aborder un match, et tous ne l'ont malheureusement pas compris. 

CC: Peux-tu témoigner de l'importance du mental dans son approche?

GN: Il nous a convaincus de ce que le mental influait à 50% sur les capacités d'un joueur. Nous recevions tous un message personnel dans notre casier. Ca pouvait être une image et un message foot, bien sûr, mais aussi une photo de Michaël Jordan, d'un homme politique, d'une personnalité qui s'était illustrée pour telle ou telle raison. Si un joueur avait commis une erreur, le message en question évoquait la capacité à tirer les leçons et progresser; s'il avait pris une carte rouge évitable, une photo et une phrase d'Éric Cantona du style "J'ai craqué, mais je me suis repris". Des articles de journaux, si l'un de nous avait éventuellement fait une déclaration avec laquelle Philippe n'était pas d'accord. Tout était analysé!

CC: Et sur le plan tactique?

GN: De tous les entraîneurs que j'ai connus, c'est le seul qui ait mis au point une telle organisation: nous avions trois systèmes de jeu. Le coach nous indiquait avec lequel on commencerait, à quelle minute on changerait, et à quel moment on marquerait! C'est fou, mais ça marchait. Il se levait de son banc, nous donnait le signal, nous faisions mine de reculer, et prenions l'adversaire en défaut. Cette mise en place avait évidemment demandé un travail de longue haleine. Et surtout, notre groupe adhérait totalement à sa façon de voir, ce qui n'a pas été le cas partout où il est passé. En D3, puis en D2, nous étions pour ainsi dire invincibles. Lors du tour final qui a permis à Tubize d'atteindre l'élite de notre football, nous avons réalisé un 18/18, avec un seul but encaissé! 



J'étais à Dender et le coach m'a rappelé au mercato, en me disant "Reviens, on veut absolument monter en D1"

© photonews

CC: Qu'en était-il du travail pendant la semaine?

GN: Il voulait qu'on apprenne à chaque entraînement. C'est un passionné qui nous transmettait sa passion. "Moi, j'ai 50 ans et j'apprends tous les jours, nous martelait-il; donc vous aussi devez apprendre." Et puis les séances étaient personnalisées. Un joueur en surpoids aurait un entraînement plus physique, celui qui avait affiché une lacune technique allait la travailler. Ce n'était pas évident pour un joueur de 30 ans de s'entendre dire qu'il allait exercer spécifiquement son pied gauche toute une partie de l'entraînement. Mais cette philosophie n'avait pour but que la progression individuelle et collective. Personne ne travaillait comme cela il y a quinze ans...