mardi 17 août 2021

Sandrine Van Herzeele, adepte d'un coaching positif et participatif

 Immersion dans l'univers du foot féminin. À l'occasion du match de Coupe de Belgique face à Gooik, Côté Coach est allé à la rencontre de Sandrine Van Herzeele qui est en charge des Havinnoises (Div. 2 Nationale) depuis 2019. En plus de son vécu de joueuse, elle veille à se former au mieux afin de dispenser le meilleur enseignement possible à ses protégées.




Côté Coach: Sandrine, on peut dire que le foot féminin est en pleine progression à l'ASC Havinnes?

Sandrine: Oui, en plus de l'équipe fanion, notre équipe B évolue en deuxième provinciale et compte quelques jeunes talentueuses, qui viennent parfois avec nous. Le club aligne aussi des U13, préparant ainsi l'avenir.

CC: Tu me dis que tes joueuses sont des "bosseuses". J'imagine que c'est le cas de leur coach aussi?

Sandrine: On est loin d'être favorites en D2, il faut donc compenser par le travail. Mes filles sont toujours partantes quand on propose quelque chose. Si on rajoute un entraînement, elles savent que c'est important d'y être, et elles s'organisent en fonction. Elles ont déjà eu un aperçu de la rudesse des matchs à ce niveau de compétition. Si on ne se prépare pas correctement, ça n'ira pas. En ce qui me concerne, mon statut implique de montrer l'exemple. 


                                                    


CC: Coline D'Haeyer, alias Cocotte, internationale U17, en est la preuve?

Sandrine: C'est une gagnante, elle déteste perdre; hargneuse dans le bon sens du terme. Déjà appelée en U15 chez les Diablotines, elle a eu la malchance de connaître l'interruption de saison due au Covid. En U16, toutes les activités ont été annulées... Heureusement, elle a de nouveau réussi les épreuves de détection. Coline fait partie du projet Foot-Élite-Études conçu par l'ACFF pour développer les talents potentiels. En internat à Liège, elle s'entraîne tous les jours en période scolaire. Elle est donc bien à Havinnes le temps de finir ses études tranquillement, avant d'évoluer plus haut, sans doute dès la saison prochaine. Nous serons les premières à nous en réjouir, et surtout à l'aider à faire le bon choix, car plusieurs formations ont déjà manifesté leur intérêt. 



CC: Qu'en est-il de ta formation? Le cursus chez vous est-il semblable à celui des hommes? 

Sandrine: Oui, le parcours est semblable. Je suis en train de passer l'UEFA B, dans un groupe comprenant six dames et une vingtaine d'hommes. En tant que personnes travaillant pour l'ACFF, nous faisons partie d'une session qui bénéficie d'un horaire adapté. Heureusement parce que Fanny, ma T2, est aussi en cours de formation pour le même diplôme. Et traditionnellement, les cours se donnent le lundi soir, qui est un jour d'entraînement pour nous.

                                                  


CC: Tu as eu l'occasion d'aller te former à Lyon! C'est du niveau de la licence Pro, ça, non? Comment t'es-tu retrouvée là?

Sandrine: Il est vrai que l'Olympique Lyonnais est la référence dans le foot féminin. Le club a d'abord organisé deux formations ouvertes auxquelles je me suis inscrite. La première concernait l'ADN de l'OL et sa méthodologie d'entraînement. La deuxième, le jeu de position. Nous avions la théorie en matinée, et la mise en situation pratique l'après-midi, où nous pouvions passer d'un groupe à l'autre pour observer. Dans un second temps, l'OL recherchait des coachs pour dispenser leur stage. Il fallait une femme pour encadrer un groupe de 20 filles. J'ai eu l'opportunité de postuler, et ma candidature a été retenue. Une expérience enrichissante! J'ai travaillé en binôme avec Pascal Pons, le directeur du stage. Moi très calme et lui plus interventionniste, notre association fut une réussite.



CC: Comment prépares-tu tes séances d'entraînement?

Sandrine: Je suis devenue une anti passer-suivre, j'en ai trop mangé quand j'étais joueuse. Je travaille de moins en moins dans l'analytique, lui préférant le global. Beaucoup de jeux de possession, de formes de match, des petits jeux de vivacité visant à améliorer la prise d'infos (plusieurs couleurs de plots, de chasubles, voire de ballons). Je fais un peu un mix des formations suivies et de mes principes. Je suis par exemple tombée sous le charme de François Keiffer et de sa MPP (Méthode Plaisir et Performance). La première fois que j'ai assisté à un de ses séminaires, j'ai d'abord pensé "rien de neuf sous le soleil". Mais après sa première démonstration, j'ai été drôlement impressionnée. En 20 minutes, on voyait déjà une évolution. Bluffant! J'adore discuter formation avec lui sur internet.

CC: Quelle est grosso modo la proportion de coachs féminins et masculins chez les filles? 

Sandrine: Je ne connais pas les chiffres, mais il n'y a pas 50% de femmes, ça, c'est sûr. Lors de ma première saison, nous étions deux dans la division. Je crois que c'est encore le cas aujourd'hui, j'ai juste une collègue à Mons. Il faut dire que pour coacher à ce niveau, il faut posséder l'UEFA B ou être en cours de formation.  Peut-être la répartition est-elle un peu plus équilibrée en provinciales? 

CC: N'est-ce pas plus facile pour celles-ci d'avoir une femme à leur tête?

Sandrine: Si je me base sur mon expérience de joueuse, je crois effectivement qu'une femme est plus à même de comprendre un groupe du même sexe.  Peut-être aura-t-elle un peu plus de feeling qu'un homme, qui mettra plus vite une barrière? Avec des filles de 15-16 ans, j'ai parfois presque l'impression d'être leur maman. Une autre hypothèse serait qu'un homme va davantage se focaliser sur le résultat, là où une dame va plus regarder l'évolution, le processus d'apprentissage. Mais ce sont là des généralités. Je connais des messieurs qui sont très pédagogues, et moi aussi j'ai envie qu'on gagne tous les matchs! (rires)

CC: J'ai pu remarquer la bonne humeur qui régnait dans le groupe et toute la complicité qu'il y avait entre vous...

Sandrine: Oui, j'entretiens de bonnes relations avec chaque joueuse. Il y a dans le groupe des filles que je connais depuis des années, certaines avec qui j'ai joué. Il faut trouver le juste équilibre entre une joyeuse complicité et le respect de la hiérarchie, quand je prends une décision. Je suis pour le coaching participatif, on peut discuter les choix tactiques. Mais il ne faudrait pas confondre discussion et contestation. Disons qu'il s'agit d'une autonomie encadrée.




CC: Dommage, pas grave, c'est rien... Je t'ai souvent entendue les rassurer. C'est une dimension importante de ta tâche?

Sandrine: Les filles ont besoin d'être encouragées. S'il est parfois nécessaire de piquer des garçons dans leur amour-propre, avec elles, ça ne fonctionnera pas. Elles doivent sentir la confiance, qu'on est derrière elles. Pour la plupart, si je les engueule, je les ai perdues...



CC: Posez le jeu: voilà un autre fil conducteur de ton coaching. Tu leur rappelais même à la mi-temps que, sans ça, elles ne s'amuseraient pas...

Sandrine: En D2, c'est le cas de la majorité des équipes, à l'image de Gand. Rarement des longs ballons, un jeu au sol pour 90% du temps. Mes filles sont dans cette optique aussi. Elles ont envie de toucher le ballon, et que celui-ci circule bien. Lors d'un récent match amical face à Woluwé, nous avons certes perdu, mais le resssenti était positif. À l'entraînement, on travaille beaucoup les six mètres. Les défenseuses doivent demander dans le rectangle.



CC: Les visiteuses de Gooik sont apparues plus roublardes, voire plus vicieuses (petites fautes pour empêcher les reconversions, qui plus est encouragées par leur coach - t'is genoeg! - gain de temps...). Un peu naïves, les tiennes?

Sandrine: C'est sûr, les Flamandes sont plus malicieuses. La plupart de mes filles sont trop gentilles. Elles aiment le jeu et ne cherchent pas à le casser. Même si les plus anciennes essayent de leur insuffler un supplément de caractère et de roublardise.

CC: Vous allez donc au devant d'un championnat qui s'annonce compliqué?

Sandrine: Il y a deux séries de 14 équipes, et dans chacune cinq descendants! Il faut en effet laisser la place à dix montants, un par province. Nous sommes versées dans la série A, la plus relevée, avec seulement deux clubs wallons, Mons et nous. Le programme s'annonce d'entrée "rock'n roll" avec un déplacement à Zulte et la réception de Brakel avec qui nous entretenons une vieille rivalité.



CC: Est-ce que je me trompe en affirmant que les scores fleuves sont plus nombreux que chez les garçons?

Sandrine: Ca dépend, mais il est vrai qu'il y a souvent des écarts plus larges que chez les hommes. En D2, il y a cinq ou six "intouchables", et pour le reste, des matchs fort disputés. Dans notre série, on trouve les équipes B de Gand, Bruges, Zulte... Lorsqu'elles alignent ne fût-ce que deux joueuses de Super League, celles-ci font la différence, tant le gouffre est immense! Et dans ce cas, les buts peuvent défiler quand l'opposition s'écroule...


Le point de vue d'un homme: Philippe VENTUROSO, ex-coach du Femina Sporting de Charleroi (Super League)

"Une découverte à tous les niveaux"




"J'ai découvert le foot féminin la saison dernière, et on peut dire que je m'y suis éclaté, j'ai kiffé à fond! À mon arrivée pourtant, les filles étaient mal en point(s) au classement. Mais le second tour fut nettement meilleur et la progression évidente. Face à Louvain et au Standard de Liège, les raclées de l'aller se sont transformées en défaites honorables. Il y a des écarts importants entre les grosses écuries, comme Anderlecht et Genk, qui comportent de nombreuses internationales belges et étrangères, et les autres. Entre la Super League et la D1, le fossé est énorme, peut-être manque-t-il une série intermédiaire." 

"J'ai été réellement impressionné par l'implication, la mentalité, les connaissances, l'habileté technique et l'analyse tactique des joueuses. Évidemment il s'agit du haut niveau, et ces filles ont eu un écolage de qualité."

"Elles font leur sport pleinement. Quand elles ont déposé leur sac et mis leur tenue, elles sont là pour bosser, même si elles sont fatiguées. Elles se sont engagées, elles vont assumer. Le taux de présence est maximal et elles se donnent pour ce que tu as préparé. Si ça ne passe pas et qu'elles ne sont pas en accord avec tes idées, elles vont te le dire, avec franchise et honnêteté. Il y a beaucoup de réflexion dans leur jeu. En matière de coulissement, de pressing, elles posent de bonnes questions, pas pour aller gratuitement à l'encontre de tes idées, mais dans un sens constructif. Il faut être à leur écoute. Si tu tiens compte de leurs souhaits, tu obtiens des résultats."




"On ne peut pas dire les choses à une femme comme à un homme, du style Tu me casses les..., sinon elle risque de se braquer. C'est un peu comme à la maison en fait: si elle te fait la gueule, c'est qu'il y a une bonne raison. Mais si elle est en osmose avec toi, elle s'épanouit..."

"Il faut tenir compte des périodes où les joueuses sont réglées, ça influe sur leur comportement, ainsi qu'au niveau physique."

 "J'aurais aimé poursuivre, mais le club a décidé d'accorder sa confiance à l'internationale Aline Zeler. Désormais, je serais encore bien tenté par le niveau Élite, hommes ou femmes, avant de retrouver le football provincial."



jeudi 12 août 2021

Steven DANGREMONT (RFC Tournai B): "Une équipe de jeunes dans un championnat d'adultes"

 Steven DANGREMONT, 36 ans, diplômé UEFA B - "Je m'attaquerai à l'UEFA A quand j'aurai un peu plus de temps".




Parcours de coach: U17 au FC Ostiches, US Thumaide foot à 8, Géants Athois U12-U13 Nationaux avec Jean-Marie Sainthuile, Excel Mouscron foot à 8 - "Après 4-5 saisons, je souhaitais passer au foot à 11; tous les postes étant attribués, j'ai dû me résoudre à quitter le Futuro" -, Leuze-Lignette équipe première - "Une leçon de vie, une expérience difficile mais qui m'a permis de grandir" - deuxième saison au Luc Varenne - "Je suis là pour apprendre"




Côté Coach: La moyenne d'âge de ton équipe est très basse. Quelques gars d'expérience quand même pour entourer tous ces jeunes?

Steven: La moyenne d'âge du groupe est de 19 ans. Les deux tiers sont nés entre 99 et 2003. Ludwig Caink est le seul adulte présent dans le noyau. Il faut faire preuve de patience pour les faire grandir doucement, c'est un projet que j'apprécie.

CC: Avec un groupe aussi jeune, le coach doit-il plutôt se montrer strict ou protecteur?




Steven: Les deux. Il faut mettre des règles, les jeunes en sont demandeurs. Ils savent inconsciemment qu'ils ont besoin d'un cadre. Ensuite, il faut surtout se mettre à leur écoute. On ressent directement quand quelque chose ne va pas en eux. À leurs attitudes, leurs réactions, leur nervosité, leurs absences aussi. Des soucis familiaux ou personnels influent fortement sur leurs performances. D'où la nécessité de discuter souvent avec eux, après l'entraînement, ou au téléphone. Je suis un peu leur grand frère, voire parfois leur psychologue...

CC: Grégory Voiturier, ton prédécesseur, nous confiait que ces jeunes en voulaient vraiment, et acceptaient volontiers les trois entraînements/semaine. Tu confirmes?

Steven: Au début de la saison dernière, il n'y avait effectivement aucun souci pour programmer les trois séances hebdomadaires. C'est moins évident pour l'instant, conséquence inévitable du Covid. Les gamins sont dépendants des parents, qui aspiraient logiquement aux vacances. La fréquentation s'en ressent. Nous nous y adaptons en travaillant en binôme avec les U19. Mais j'ai des gars volontaires, qui viennent parfois de Lille ou de Bruxelles en train, puis en trottinette électrique vers le stade...




CC: Si le discours officiel est de préparer ces jeunes à l'équipe fanion, qu'en est-il réellement? Ont-ils une vraie chance d'y accéder? L'observateur neutre a de sérieuses raisons d'en douter...

Steven: Le problème n'est pas propre à Tournai. C'est pareil un peu partout. Combien d'équipes ont des U21 titulaires? En ce qui me concerne, j'adhère totalement à l'organisation mise en place par Eddy Callaert. Sincèrement, le potentiel de nombre de ces jeunes joueurs est réel. Avec du travail, il y a vraiment moyen d'en tirer quelque chose. L'objectif est d'essayer d'en amener un ou deux chaque année dans le noyau A, comme c'est aujourd'hui le cas d'Aurélien Dumoulin. Chaque semaine, ceux qui travaillent bien vont s'entraîner avec la D3, notamment pour l'opposition du vendredi. C'est un peu la carotte pour les récompenser du bon match du week-end précédent. Mais il faut bien se rendre à l'évidence: les Espoirs, ça va, ça vient; ils sont souvent trop pressés, et puis certains clubs arrivent en leur promettant de l'argent. Mais si nous permettons à ces gamins de percer en P1 ou en P2 dans des cercles de la région, c'est gratifiant également. Je me suis par exemple réjoui de voir Sullivan Bachely rejoindre Fabien Delbeeke à Obigies. 

CC: Tu t'es lancé jeune dans le métier. Des coachs qui t'inspirent?

Steven: Parmi les entraîneurs que j'ai connus en tant que joueur, deux noms me viennent à l'esprit: Yannick Carlier, qui m'a transféré du SK Renaix à la Montkainoise. Il m'y a coaché deux saisons. J'ai aimé son approche, ses méthodes de travail, et plus particulièrement ses évaluations d'après-match, des rapports semblables à ceux que je devais remettre avec les jeunes élites. Quant à Michel Di Giugnio, à Tertre, c'est le premier qui nous a fait travailler par postes, dans les intermittents par exemple. Une touche de professionalisme dans le foot provincial, pourquoi pas? Moi, en tout cas, ça m'a plu, et je reste en très bon contact avec eux.

CC: Quels sont tes objectifs à moyen terme?

Steven: D'abord grandir année après année, sans se précipiter ni se montrer trop gourmand, car le milieu n'est pas évident! À terme, j'aimerais pouvoir coacher en Nationale, tout en restant fidèle à mes principes: faire confiance aux jeunes, comme c'est actuellement le cas au SK Renaix où évolue mon fils Karim. En les entourant d'un adulte expérimenté par ligne. Leur donner un vrai temps de jeu. Il y a une prise de risques, mais je suis persuadé que c'est possible. L'avenir de nombreux clubs ne passe-t-il pas par là?





mercredi 11 août 2021

Yves Moreau (FC Ellezelles) et le team building: "Un bénéfice énorme"

 Yves Moreau a emmené fin juillet son équipe du FC Ellezelles (P3) pour un week-end de team building à La Roche-en-Ardenne, dans un gîte de grande capacité. Du vendredi soir au dimanche fin d'après-midi, deux jours complets de vie commune afin de souder le groupe et intégrer la douzaine de nouveaux joueurs. Une initiative que le coach n'a pas imposée d'autorité, mais convenu avec ses gars, ceux-ci devant y aller de leur poche pour compléter la cagnotte existante suite à un repas organisé il y a deux ans de cela.

Pour Côté Coach, Yves nous livre ses impressions sur ce temps fort de sa préparation.

Responsabiliser

"Ce week-end était un projet d'équipe. Il était important pour moi que les joueurs s'investissent dans l'organisation, que tout ne repose pas sur les épaules d'une seule personne. Une cellule de 4 ou 5 s'est créée pour bien répartir les nombreuses tâches: chercher le logement, réserver, récolter l'argent, payer, faire les courses, etc."

Un bon challenge


Sur place, au gré des arrivées successives, pétanque, billard et kicker en attendant le premier rassemblement autour d'un traditionnel spaghetti d'ouverture. Quant au samedi matin, il était axé autour d'un concours par équipes avec différents jeux très fun comme un lancer d'oeufs ou un molkky: "En plus du plaisir, il y avait une vraie émulation car en fonction du classement, il y avait des tâches, ou disons plutôt des corvées, à choisir!"

Accueil chaleureux




L'après-midi était initialement prévu un match face aux voisins d'Anvaing qui étaient eux aussi censés se retrouver en stage dans la région, mais hélas leur camping a été victime des terribles inondations. "Nous avons alors lancé un appel sur Facebook, auquel ont favorablement répondu les Réserves de Tenneville. Une opposition suffisante après les libations de la veille! Seul un joueur qui ne boit pas d'alcool a su évoluer à son niveau." Yves et ses hommes ont pu vérifier le sens de l'accueil des Ardennais, sous forme d'une sympathique réception après la rencontre.

Grosse ambiance




La seconde soirée promettait d'être encore plus festive que la veille: barbecue, Time's Up party organisée par Steven Visée - "un joueur cadre, très précieux, qui apporte son expérience aux plus jeunes et prend ses responsabilités" - et les chants des nouveaux - "très à l'aise, ils n'ont pas eu peur de se tourner en ridicule, il est vrai que l'alcool désinhibe" (rires) - ainsi que ceux mis au point par le gardien, Jérôme Defrançois: "comme un Capo dans une tribune d'ultras, il a créé de futurs chants de victoire. Un fameux leader d'ambiance, je crois bien qu'il n'a pas dormi du séjour!"

Prendre sur soi

Les excès inhérents à ce genre de rassemblement sont inévitables. Pas toujours évident pour le responsable sportif: "J'ai bien dû prendre sur moi par rapport à la fête; ils dansent, ils chantent, ils boivent, et ça devient vite incontrôlable. En même temps, c'est pour ça qu'on l'organise. Et puis, ils ont assuré les lendemains."

Comme des enfants

Après le rangement et le nettoyage du dimanche matin, les troupes se sont rapprochées de leurs Collines avec un resto et un laser game à Mons, "où nous nous sommes éclatés comme des gamins!" 




Ca vaut le coup!

"Nous avons passé de très bons moments, beaucoup ri, et nous nous sommes créé des souvenirs forts. Avec un noyau en pleine reconstruction, c'était idéal pour apprendre à mieux se connaître. Prendre les repas ensemble favorise considérablement la cohésion. Le jeu soude les liens. Les joueurs sont de plus en plus à l'aise les uns avec les autres. Ils pourront ainsi se dire plus facilement les choses sur le terrain, ça ne peut être que bénéfique." 



 

Le retour de quelques joueurs

Quentin SCHRIJERS, attaquant, 23 ans: 

"Je suis nouveau au club, et en tant que jeune joueur, c'est la première fois que je participe à un stage de ce genre. C'était vraiment chouette, ça m'a libéré et permis de bien m'intégrer. Toutes ces petites activités favorisent pleinement la cohésion de groupe. J'ai été le premier à devoir chanter, ça ne m'a pas posé problème, car j'ai une personnalité qui aime s'amuser."

Lamjed ABI LOFT, demi offensif, 38 ans:

"C'est une nouvelle équipe pour moi aussi. Ce week-end m'a permis de faire connaissance avec mes équipiers, de resserrer les liens et d'ainsi contribuer à une bonne entente. C'était cool, je trouve toujours top ce genre d'expérience."

Jérôme DEFRANCOIS, gardien, 24 ans, 3e saison au club 

"L'ensemble du week-end était vraiment sympa, parfait pour créer des liens, mais je retiendrais particulièrement les deux soirées. Avec Adrien Vancrombrughe, qui est un peu mon petit frère au club, nous nous sommes éclatés à fond. Tout au plus avons-nous dormi une heure ou deux. Même les plus réservés s'y sont mis. Quentin Schrijers, par exemple, m'a impressionné, il s'est mis dans le bain tout de suite. Yves m'avait demandé de créer des chants pour le vestiaire. J'avais travaillé là-dessus. Sur un des deux chants, tout le monde s'est rejoint. Au niveau collectif, pour l'union du groupe, c'est un bel accomplissement."

Édouard DEWULF, médian, 26 ans, 2e saison au club

"Nous connaissons tous les raisons d'être d'un team-building, faire plus ample connaissance avec les nouveaux arrivants, surtout que cette année ils sont nombreux. Du coup, on doit tous refaire une partie du chemin vers l'autre. Le coach et ses capitaines étaient là pour mettre de l'organisation dans ces journées, il y avait des moments pour s'amuser, d'autres plus sérieux. C'est très appréciable pour entrer dans une nouvelle saison, d'autant plus ces dernières années avec l'interruption des championnats successifs. Ca permet aux gens de se lâcher, de se détendre avec leurs futurs partenaires. Dans la vie d'un groupe, c'est super important qu'on puisse se faire confiance et se dire les choses, positives comme négatives. Ca portera ses fruits, je crois."

samedi 7 août 2021

François ECHEVIN: "Je tiens à ce que mes joueurs n'aiment pas perdre"

 Après une dernière saison comme joueur à l'AC Anvaing, François Echevin est revenu à 30 ans dans son club formateur, le RSC Templeuvois, afin d'y exercer la double fonction de joueur-entraîneur de l'équipe B. Avec une réussite immédite et une accession à la P3 au terme d'un duel acharné avec le Rongy de Philo Deschryver.

En 2019, souhaitant s'occuper d'une équipe A, François décide de relever un nouveau défi en prenant en mains les destinées du FC Esplechin. Là aussi, le succès est directement au rendez-vous, les Vert et Noir accédant à la P2 à la fin d'une saison écourtée de quelques journées mais après une domination constante. Si en P3, François a encore été amené à chausser les crampons suite à des problèmes défensifs, il peut aujourd'hui se consacrer pleinement au coaching.



CC: François, cette transition de joueur à coach était-elle pour toi un passage allant de soi?

FE: Ca a toujours été dans ma personnalité de coacher. De par mon métier d'abord - François est professeur d'éducation physique au Collède Saint-Augustin d'Enghien -. Ce qui explique pourquoi je ne suis pas longtemps passé par les équipes de jeunes. S'occuper d'adultes m'offrant davantage de variété. Sur le terrain, après avoir essentiellement exercé comme latéral droit, je suis rentré dans l'axe, et cette position de défenseur central d'où l'on voit bien le jeu suscite naturellement le coaching. À ce propos, j'ai pu constater toute la difficulté de bien lire le jeu depuis le banc de touche et son angle de vue latéral.

CC: Tu es passé par les formations de l'Union Belge?

FE: Je suis effectivement titulaire du Brevet A, ce qui correspond à trois années de formation. Je suis descendu du train avant la quatrième et dernière pour des raisons personnelles. Restaurer une maison, combiner vie de famille et professionnelle avec des cours hebdomadaires qui exigent de faire de la route et toutes les préparations qui sont demandées, sans parler des entraînements qu'il faut continuer à assurer, cela engendrait à mes yeux trop de contraintes pour l'envisager sereinement.

CC: Par rapport au statut de joueur, qu'est-ce qui te paraît le plus lourd dans la fonction de coach?

FE: J'ai connu plusieurs entraîneurs qui ne donnaient pas beaucoup d'explications aux réservistes. Je le fais de mon côté, mais j'ai parfois l'impression que plus tu expliques, plus le joueur a du mal à accepter. Argumenter ses choix prend du temps et de l'énergie! Il faut aussi choisir le bon moment pour le faire. De plus, dans bien des cas, il n'y a pas vraiment d'explication, c'est une question de feeling. Je ne voudrais pas non plus paraître vieux jeu, mais il me semble que la génération actuelle est plus difficile, a du mal à se remettre en question. Les joueurs devraient pourtant comprendre qu'un remplaçant a toute son importance: faire la différence, élever le niveau de jeu, et non l'inverse. C'est naturel de râler, mais ça ne doit pas plomber l'ambiance et déteindre sur la performance.

S'il se confirme que l'on a droit à 5 changements, cela ne va pas simplifier les choses. En plus de la difficulté pour les petits clubs, les coachs vont encore se torturer davantage l'esprit pour en faire rentrer cinq, histoire de les satisfaire...

CC: Tout juste 5 matchs la saison dernière, suffisant pour te familiariser à la P2?

FE: Cette entame de compétition a suffi pour me conforter dans mes idées quant aux changements inhérents au saut d'une division: l'attention apportée aux phases arrêtées, les duels physiques, les changements de rythme dans le match, pouvoir laisser le ballon à l'adversaire là où en P3 nous avions davantage la possession.




CC: Quelles sont les lignes directrices qui sont les tiennes?

FE: Tactiquement, je ne suis pas figé à un système; c'est l'animation qui compte. Évoluer en 4-5-1, en 3-5-2, cela dépend du groupe mis à notre disposition, ainsi que de l'opposition. Dans ma causerie d'avant-match, je réserve 5 minutes pour évoquer les points forts de l'adversaire (danger sur de longues touches, jeu direct vers l'avant, etc.) et les faiblesses exploitables, avant d'appuyer sur nos propres qualités.

Sur le plan de l'animation, je leur demande beaucoup de mobilité, afin de permettre de trouver l'homme libre dans l'intervalle entre les lignes adverses.

Ma philosophie de travail se base essentiellement sur l'esprit de groupe, pouvoir travailler les uns pour les autres. Si cette solidarité se manifeste dans les moments difficiles d'un match, cela peut faire la différence. Dans les petits jeux en semaine, je veux voir l'envie de gagner. Je n'aime pas perdre, et je souhaite qu'il en soit de même pour mes joueurs.

CC: Comment travailles-tu cet esprit de groupe?

FE: De différentes manières. Par exemple, il nous arrive en avant-saison d'organiser un cross au départ de chez l'un ou l'autre, que nous faisons suivre d'un verre voire d'un repas. À l'entraînement, j'aime bien les petits défis, les petits jeux où je peux les taquiner; à ce propos, j'ai gardé un esprit fort gamin, ce qui aide. Ou encore les laisser à l'occasion composer les équipes pour le démarquage. Au final tout cela resserre les liens.




CC: As-tu pu tirer quelques enseignements du récent Euro?

FE: Sur le plan de la cohésion, justement, j'ai comme tout le monde été frappé par l'Italie de Mancini. Qui a eu le bon goût de faire participer toute sa sélection, ce qui s'est avéré être une gestion payante. Prenons l'exemple de Locatelli qui signe deux grosses prestations, avec un doublé contre la Suisse, avant de se retrouver systématiquement sur le banc tout en maintenant son niveau à chaque montée au jeu! La réaction du groupe à la blessure de Spinazzola est hautement révélatrice de cette excellente mentalité collective.




CC: Quels sont les points sur lesquels tu penses pouvoir t'améliorer?

FE: Difficile à dire. Je devrais peut-être parfois tempérer mon coaching en bord de terrain, me mettre plus en retrait. Si certains joueurs ont besoin qu'on soit derrière eux, d'autres préfèrent être plus libres. Étant encore jeune, il se peut également que je manque de distance à leur égard. Quant à la tactique, on apprend toujours, et on peut s'inspirer de ce qu'on voit chez les autres.




vendredi 6 août 2021

L'Analyse Transactionnelle au service de la connaissance de ses joueurs

 L'Analyse Transactionnelle est une approche à la fois théorique et pratique de la personnalité. Elle a été mise au point à la fin des années 50 par un médecin-psychiatre et psychanalyste américain du nom d'Eric Berne. Celui-ci donne le nom de transaction à tout échange entre deux ou plusieurs personnes. Le présupposé en est donc que notre personnalité est essentiellement définie par nos relations avec les autres.

Ayant découvert cette technique dans mon activité professionnelle d'enseignant, j'ai eu l'idée de l'appliquer à certains des groupes que j'ai coachés. Un test réalisé en avant-saison me permettait de cerner dans les grandes lignes - car il est évident que l'humain ne peut être enfermé dans des catégories - les traits de caractère dominants de mes joueurs. Tout en précisant que je ne suis pas formateur en AT, et que ces connaissances ont été acquises sur le tas, je vous en propose ici une brève description.

Le modèle distingue tout d'abord trois grandes subdivisions, auxquelles on donne le nom d'États du Moi, qui représentent trois grandes dimensions de la personnalité: le Parent, l'Adulte et l'Enfant. Notons bien sûr que ces composantes n'ont aucun rapport avec l'âge ou la situation familiale...




Deux d'entre ces États sont eux-mêmes divisés en sous-États. C'est ainsi que l'on parlera de Parent Donnant ou Protecteur, et de Parent Normatif. Ainsi que de l'Enfant Libre ou Spontané, de l'Enfant Soumis et de l'Enfant Rebelle.

Aucune de ces étiquettes n'est péjorative, ce que les termes soumis et rebelle pourraient laisser croire. Eric Berne considère qu'un égogramme (= littéralement mesure du Moi), que l'on peut obtenir par test, où toutes ces facettes apparaissent révèle une personnalité équilibrée. 

Tous les (sous-)États du Moi sont bons pour autant qu'ils ne soient pas dans l'excès d'un côté, avec de grosses lacunes d'un autre, auxquels cas des traits de personnalité peuvent devenir lourds.

À présent que le cadre général théorique est posé, nous pouvons passer à une présentation plus détaillée de ces diverses composantes, en les illustrant bien sûr de caractéristiques football.

Le Parent

De manière globale, cet État du Moi reflète l'acquis, le fruit de l'éducation. Les personnes ayant un Parent fort développé ont tendance à se placer au-dessus des autres, que ce soit pour les aider ou pour les diriger. Le Parent peut donc se manifester de ces deux façons, l'une pour protéger, l'autre pour inculquer des valeurs et des normes.

Le Parent Donnant (aussi appelé Protecteur ou Nourricier)

Il s'agit ici du joueur qui soutient, encourage, réconforte dans les moments difficiles. Sa personnalité rassure, il protège ses équipiers. Globalement donc quelqu'un de fort attentif aux autres. Il a une relation affective forte avec les autres. C'est un motivateur, qui tire ses équipiers vers le haut, insuffle de la confiance. Il transmet une énergie positive, mettant en valeur les efforts de ses partenaires et soutenant leurs initiatives (Bien joué, bien essayé). 

Le Parent Normatif

Voilà celui qui dirige, fait respecter les règles, est attentif aux valeurs. Le leader d'un groupe est souvent dans cette position. C'est un guide qui apporte de la rigueur, précieux relais pour le coach. Il n'hésite pas à recadrer quand c'est nécessaire et à remettre chacun à sa juste place. Pour ce faire, il est capital que ce leader soit reconnu comme tel par le groupe. Il doit imposer le respect par son engagement et son comportement. À l'entraînement notamment, il sera un exemple en termes d'efforts. Il incite les autres à se dépasser, à aller chercher ces quelques pourcents de performance supplémentaires. C'est aussi quelqu'un qui fait passer le groupe avant sa propre personne, capable de fédérer.

L'Adulte

C'est le côté rationnel, raisonné, objectif, logique, avec une vision froide et réaliste des événements. Un peu comme un ordinateur qui analyse des données factuelles, indépendamment de toute émotion et d'un contexte passionnel. Précieux pour résoudre des problèmes, prendre des décisions. Réfléchi et modéré, il vérifie les hypothèses avant d'affirmer quoi que ce soit. Face à un interlocuteur qui formule une critique vis-à-vis de l'entraîneur ou un quelconque jugement à l'issue d'un match, il va être capable de relativiser et d'exprimer une opinion différente. Son esprit d'analyse est intéressant au moment d'évoquer une stratégie de match. À la mi-temps, il saura aussi proposer les solutions les plus adaptées à la situation.

L'Enfant

Cet État du Moi représente le ressenti, les sentiments et les émotions. L'esprit d'enfance inclut la spontanéité et le naturel, puis l'adaptation aux événements et la socialisation. C'est ce que l'on retrouve dans les trois sous-États suivants, les deux derniers pouvant être regroupés sous l'étiquette Enfant adapté.

L'Enfant Libre (aussi appelé Spontané, ou Naturel)

C'est le côté spontané de la personnalité, qui jaillit avec naturel. Il manifeste ses émotions, désirs et sentiments sans filtre. Très enthousiaste, aimant s'amuser, créatif, il va adorer l'entraînement ludique, et manifester bruyamment et ostensiblement ses réactions à la victoire ou à la défaite. Après avoir marqué un but ou réalisé une action d'éclat, il extériorise sa joie. Il ne va pas non plus cacher sa colère ou sa tristesse après un échec. Cordial et dynamique, il va mettre l'ambiance et la bonne humeur au vestiaire ou à la buvette. Faire la fête, c'est son truc. Dans un team-building, le coach peut compter sur lui pour assurer la partie récréative et baptiser les petits nouveaux.

L'Enfant Soumis

Cette facette de la personnalité favorise une bonne socialisation, la faculté à se plier aux valeurs et règles de vie en groupe, tels que le respect d'un horaire, de consignes, etc. Ce joueur écoute attentivement la causerie d'avant-match et s'attellera à appliquer les désidératas du staff. Il recherche l'approbation de celui-ci. Le respect de l'autorité va de soi pour lui. Ce n'est pas lui qui va spontanément contester une non-sélection.

L'Enfant Rebelle

Ce sous-État du Moi concerne lui aussi l'adaptation, mais tempère la soumission du précédent. Il ne subit pas passivement les influences, il a l'esprit de contradiction et l'art de détecter ce qui ne marche pas. Dans une période maigre en résultats, il va oser formuler lors des débriefings ce qu'il conviendrait de changer. À l'excès, son côté râleur va devenir pesant. Il réagit à la frustration (se retrouver sur le banc par exemple) en se renfermant sur lui-même, en faisant la gueule ou carrément en contestant. Une fois que le coach lui en expliquera les raisons en tête-à-tête, il finira par accepter, parce qu'il a lui aussi un fort besoin de reconnaissance.  


Présentation du modèle et réalisation du test auprès d'un groupe de joueurs


Pour tout renseignement complémentaire, n'hésitez pas à me contacter à l'adresse coach.dbxl@gmail.com ou sur la page Facebook Côté Coach


jeudi 5 août 2021

Gino D'angelo (AS Morlanwelz), la passion en toute sérénité

 Diplômé UEFA A avec distinction lors de la promotion 2008, Gino D'angelo, Louviérois de 54 ans, présente un joli CV. Des débuts couronnés de succès à Manage (titre en P3), suivis de passages à Carnières (P2) et Ronquières (montée en P2 via le tour final). Une double pige chez les Jeunes Nationaux, au Sporting de Charleroi d'abord, en U14 - "J'allais y devenir pro, mais j'ai préféré quitter le club suite à un différend avec Alain Decuyper. C'était mieux ainsi, car il s'agit d'un investissement trop exigeant, tu passes ta vie au stade!". À Tubize ensuite: "J'y étais semi-pro, en U19 puis en U17. C'était l'époque des Coréens et de leur foot-business".  

C'est au moment où Gino envisageait de mettre un terme à sa carrière pour raisons familiales que le président de Morlanwelz l'a questionné à propos de la formation des jeunes: "Mon plan lui a directement parlé, nous avons convenu de collaborer sur ce point, avant qu'il ne me demande aussi de reprendre l'équipe première à quelques matchs de la fin du championnat qui allait nous voir accéder à la P2".




Succès immédiat

Une accession en P2 dont résultait logiquement comme premier objectif le maintien, et qui allait déboucher sur... un nouveau titre, totalement inattendu. Surtout quand on se souvient de la journée inaugurale et de cette cuisante défaite à domicile (0-6) des oeuvres de Flénu: "J'espère que vous allez vous sauver, m'avait glissé Christ Bruno avec condescendance à la fin du match. Lors du retour en janvier, les vestiaires étaient si proches que l'on pouvait entendre ce qui se disait à côté. J'ai invité mes joueurs à se taire au moment où il s'est mis à critiquer Jonathan Debaise, notre attaquant. Survolté, celui-ci lui a répondu sur le terrain de la plus belle des manières, en inscrivant un triplé, dont un inoubliable 2-3 en toute fin de match, dans l'ambiance que vous imaginez...". 

L'équipe était alors au coeur d'une irrésistible ascension: "Quelque chose comme 13 victoires et 1 nul, l'impression que tout nous réussit, ça doit être ce qu'on appelle la chance du champion." Un fait est particulièrement révélateur de la mentalité régnant au sein du groupe morlanwelzien: "Le club avait budgétisé 35 points. Après la trêve, le président est venu annoncer au vestiaire que les primes, pourtant modestes, ne pourraient plus être versées, et qu'il comprendrait parfaitement que certains quittent le navire. Tous ont continué, avec l'issue heureuse que l'on connaît..."

Des modèles inspirants




Loin de s'enorgueillir de sa réussite, Gino préfère mettre en avant la classe des formateurs qu'il a eu le privilège de croiser: "Je pense tout d'abord à Felice MAZZU, notre prof principal à Tubize lors du cycle UEFA A. Il a su mettre toute son expérience tactique au service de notre apprentissage. C'était un plaisir de se rendre aux cours, en compagnie des Pascal Buntinx, Bruno Leclercq, Thierry Witsel, Marc Segatto et bien d'autres..."

Durant cette quatrième année de formation, Gino a eu l'opportunité d'effectuer son stage au FC Brussels et d'y fréquenter de près un certain Albert CARTIER. Le coach français, par ailleurs célèbre pour ses coups de sang, tels que convoquer ses joueurs à 7h du matin ou leur proposer un cross à la descente du bus après une prestation indigne, laisse un excellent souvenir à son stagiaire: "C'est un personnage exceptionnel. Ayant remarqué ma timidité, voire mon malaise de départ, voilà ce qu'il m'a dit: Tu es gêné parce que tu es en P3 et que nous sommes en D1? Le niveau n'a pas d'importance, c'est la passion qui compte. Alors, vas-y, fonce! Il m'a permis d'assister à toutes les causeries tactiques, aux séances vidéo, a supervisé mes préparations et n'a pas hésité à me confier son groupe pro pour le travail sur le terrain. Je n'oublierai jamais certaines de ses réflexions: Le foot, c'est pas important, c'est pas ça, la vie. On parle de nous parce qu'on est au sommet? Réussir ta vie est plus important que réussir dans la vie".

Enfin, Gino reconnaît avoir beaucoup appris au contact de Sylvain DE WEERDT, ancien coordinateur de l'AFC Tubize, et surtout directeur du Centre de formation de la Real Sociedad en Espagne, qui a notamment "sorti" Antoine Griezmann: "Le top en matière de formation. Je recommande d'ailleurs à toute personne intéressée par le coaching son groupe Football Avantgarde sur Facebook".

De 75 à 300 affiliés 

Comme signalé plus haut, Gino est arrivé au club avec un projet bien précis de formation pour le foot à 5, 8 et 11. Conjugué au terrain synthétique préexistant - depuis la fusion de 2013 avec Carnières -, ce plan de travail a quadruplé le taux de fréquentation de l'école de jeunes locale... Au-delà de cette réussite quantitative, l'exigence est également présente sur le plan qualitatif. C'est ainsi que le recours à la vidéo et une préparation physique spécifique seront de mise dès cette saison pour tout le foot à 11, à partir des U14.

Professionnaliser le club



La griffe D'angelo est tout aussi évidente au niveau de l'équipe première: organisation d'un stage en avant-saison, création d'une salle de réunion, d'une salle vidéo et optimisation du staff technique: "Je me souviens de ma toute première analyse vidéo, les joueurs se marraient plus qu'autre chose, s'amusant à reconnaître l'un ou l'autre et à s'en moquer. J'avais sans doute été trop vite. Aujourd'hui, nous pouvons compter sur les services d'un scout passionné par sa tâche, le jeune Boris NAPOLEONE. Sébastien PALUMBO sera notre préparateur physique - ainsi que pour les jeunes et l'équipe féminine -. Il succède à David MEUNIER qui rejoint Laurent DEMOL à Mons. La progression sportive est peut-être un peu rapide pour le club. C'est pourquoi nous sommes particulièrement heureux d'avoir pu leur offrir une récompense comme ce match de Coupe au Tivoli".

Sérénité

Sur le plan du jeu aussi, la familiarisation aux principes chers à Gino a mis du temps à se mettre en place: "Ne serait-ce que pour la construction du jeu par l'arrière, depuis le gardien, c'était compliqué au début. Je reste d'ailleurs surpris négativement de ce que beaucoup d'équipes de P1 se basent encore sur un jeu long et très athlétique. En ce qui nous concerne, je souhaite voir de la sérénité dans la gestion du jeu. Et j'ai la chance de pouvoir compter sur des garçons extraordinairement à l'écoute de mes conseils. Je suis sûr qu'ils vont toujours au moins essayer de faire ce que je leur demande".



Le coach vu par son capitaine

Jessy DEMEULDRE en est à sa 11e saison au club. Il est donc bien placé pour nous aider à cerner l'apport de Gino et les raisons de son succès.


Jessy Demeuldre, le troisième en partant de la gauche


Côté Coach: Quels sont les premiers mots qui te viennent à l'esprit lorsqu'on évoque votre coach?

Jessy Demeuldre: Discipline au niveau du club, organisation, structure, sérieux; et puis charisme, il sait comment dire les choses et transmettre ses connaissances. Nous l'avons autrefois affronté lors de beaux derbys entre Morlanwelz et Carnières, ces villages voisins que la commune de Morlanwelz a amenés à une fusion sine qua non pour obtenir le synthétique. À l'époque (2013), les dirigeants lui avaient préféré le coach de Morlanwelz...

CC: Qu'est-ce qu'il a apporté à son arrivée?

JD: Le club est beaucoup mieux structuré, nous sommes aujourd'hui encadrés un peu comme des pros...

CC: Peux-tu nous parler de ses causeries d'avant-match?

JD: Elles durent 15-20 minutes. Le coach commence par un petit débriefing de la semaine, ce qui a été bien ou moins bien fait. Mais c'est toujours orienté vers le futur. Si nous avons été bons le week-end précédent, c'est oublié. Le travail mental est fort présent. Gino a d'ailleurs garni le vestiaire avec des affichettes reprenant les notions de travail, générosité dans l'effort, succès, émotions...

CC: Et en bord de terrain, comment se comporte-t-il?

JD: Avec nous, il est toujours très positif, il nous encourage. Par contre, il peut s'énerver si l'adversaire manque de respect ou le titille...

CC: Gino semble proche de ses joueurs. Parfois sévère quand même, j'imagine?

JD: Il est avant tout très à l'écoute. Ouvert à la discussion, il réagit sincèrement à ce qu'on dit. C'est précieux, ça. Mais bien sûr, il sait se montrer intransigeant quand il le faut. Vis-à-vis de n'importe qui à partir du moment où ça nuit au groupe. Il lui est déjà arrivé de sortir un pion majeur suite à une altercation avec un équipier.

                                             


CC: Pour l'avoir observé en bord de touche, on sent que c'est quelqu'un qui vous apporte de la sérénité...

JD: C'est exactement ça, on sent que le coach est derrière nous; il nous apporte un appréciable surplus de confiance.


                                                                



CC: Et le coaching entre vous est fort présent sur le terrain, c'est aussi sa griffe, ça, non?

JD: Bien sûr, nous avons appris à connaître de mieux en mieux ses principes de jeu. Le noyau est très stable. Le coach n'a pas voulu transférer; il tient à garder les mêmes joueurs et à les faire progresser. 

CC: Gino nous a parlé d'un stage organisé l'an dernier à Neufchâteau...

JD: Oui, ça aussi, c'était tout nouveau pour nous. Le club n'avait jamais organisé ce genre de team-building. Nous aurions voulu le refaire cette année, mais financièrement et avec la situation sanitaire, ce n'était plus possible. Nous en retirons toujours des bénéfices aujourd'hui. Les chansons des petits nouveaux avaient mis l'ambiance et leur avaient permis de s'intégrer plus vite. Une belle expérience de plus.

CC: Un beau rendez-vous se profile pour vous ce samedi ?

JD: Et comment! Ce sera pour moi un fameux retour aux sources, un bond en arrière de 22 ans, puisque j'ai été formé à la RAAL dès l'âge de 9 ans!


lundi 2 août 2021

Table ronde sur les rapports entre les coachs et la presse

Trois journalistes de la presse régionale ont répondu favorablement à notre invitation pour un petit colloque autour de leurs relations la plupart du temps bienveillantes et constructives avec les entraîneurs. Il s'agit de Christophe Caulier (Sudpresse - Nord Éclair), Loïc Defoort (L'Avenir - Courrier Wallonie Picarde) et Geoffrey Devaux (DH Les Sports+). Au-delà de leurs réflexions de fond, ils ont bien entendu des souvenirs marquants et des anecdotes croustillantes à partager...




Côté Coach: Vous avez tous trois un passé de joueur. Quels sont les coachs qui vous ont marqués durant votre parcours, et pour quelles raisons?

Christophe: Je pense tout de suite à Damien LELEU, que j'ai connu à Rongy en P4 et P3. Il n'avait pas son pareil pour créer une ambiance qui soudait le groupe et nous permettait parfois de l'emporter à la 85e. Je le comparerais volontiers en cela à Steve ARTISIEN.

Loïc: J'en citerais trois, dans l'ordre chronologique de ma petite carrière. Serge DECALUWÉ d'abord, alias "Boots", pour le travail fantastique effectué à Maubray avec des moyens pourtant limités. Il m'a lancé en équipe première à l'âge de 16 ans. Nous avons loupé de peu le titre en P3, échouant juste derrière Estaimbourg. Avant de prendre une claque au tour final face à Chimay-Virelles, les trois quarts de l'équipe quittant le club et ayant levé le pied, ce qui m'avait rendu fou sur le terrain... Me revient ensuite Christophe DHAUSSY, pour une top saison aux débuts du Pays Blanc, avec des joueurs arrivés du FC Allain, comme Greg Bocquillon, "Puce" Vervoort, Maxime Hecq... Quelle emprise il avait sur son groupe! Et enfin Laurent DEBRUXELLES, qui m'avait fait venir à la Montkainoise. Une saison hélas écourtée par mon entrée dans la vie professionnelle. J'ai apprécié ses entraînements, plaisants et variés, tout sauf une charge de travail, ainsi que ses séances tactiques, jamais trop longues mais enrichissantes pour le demi-def que j'étais...





Geoffrey: Un passé de joueur, et même un présent, puisque j'officie encore en Réserves au Péruwelz FC! J'ai moi aussi mon lot de coachs à citer... Je commencerais par Philippe SUTHERLAND, avec son profil atypique de champion de Belgique d'orthographe et son humour particulier. Je me souviens spécialement de cette saison en P3 à Leuze-Lignette où nous faisons un 0/12 en Coupe du Hainaut, avec une défaite impensable (3-1) à Orcq... À la suite de ces débuts peu glorieux, nous avions sorti une saison de feu et obtenu le titre de champions! Je l'ai suivi à Leers, où il a malheureusement été remercié à 5 matchs de la fin... C'est devenu un bon ami, et nous sommes restés en contact. J'ai apprécié l'ambiance et la motivation qu'il mettait dans le groupe. Armand BOITE, pour le fun à l'entraînement et la mise en place tactique de son 3-5-2 novateur, à Béclers. J'évoluais seul en 6. Didier LEGRAND, qui m'a amené à Obigies. Il avait un côté très paternaliste avec ses joueurs. Dans les périodes d'inquiétude, il lui arrivait de me sonner pour confier son questionnement et écouter mon point de vue. Et comment ne pas citer Patrice MEURANT, un personnage, qui m'a impressionné par son approche pro et sa rigueur. C'était en 98, j'avais 24 ans, à l'époque du renouveau de Péruwelz, en P3, avec des équipiers aussi charismatiques que Sébastien Gras. Patrice n'était pas encore surnommé "le druide", mais il imposait déjà le respect dans le vestiaire par sa simple présence...



CC: Quel regard portez-vous sur la fonction, et quel est selon vous le degré d'influence d'un coach sur les résultats de son équipe?




Christophe: C'est très variable. Il y a des équipes qui parviendraient bien à décrocher un titre par leurs seules qualités. Et à l'inverse, des coachs capables de décisions fortes, comme Fred DEBAISIEUX lorsqu'il prend le risque à la trêve de se séparer de joueurs doués mais nocifs pour la santé de son groupe... Au-delà du coaching, il ne faudrait pas oublier  les infrastructures, ou la gestion financière et sportive du club. C'est capital, pour un coach qui débute surtout, de garder la confiance de son comité en cas de résultats insuffisants. C'est ce qu'on nous avons fait au Pays Blanc vis-à-vis de Gwen RUSTIN lors de son baptême du feu en P1. Le facteur chance compte également; il y a des paramètres qu'un staff ne maîtrise pas, même si certains semblent capables de forcer la réussite. La fameuse patte de lapin...

Loïc: Je crois que la gestion d'un groupe est déterminante sur ses résultats. Je reviens à Christophe DHAUSSY, qui avait su resserrer la vis après un très mauvais démarrage. Il avait remis certains joueurs devant leurs responsabilités et rabaissé quelques "grandes gueules". Il en était ressorti une nette amélioration de l'ambiance et, par voie de conséquence, des performances...

Geoffrey: Nous connaissons des coachs qui disposent d'un excellent matériel humain mais qui n'arrivent pas pour autant au résultat escompté. À l'opposé, des équipes qui réussissent là où elles n'étaient pas attendues. J'évaluerais bien le pourcentage d'influence de l'entraîneur à 60-70%. Tu peux gagner des matchs à l'attitude du coach, qui est un guide. Le T2, généralement plus proche des joueurs, peut lui aussi marquer un groupe de son empreinte.

CC: On sait le rôle joué par la presse dans le football de haut niveau. Est-ce une dimension importante au nôtre également?

Christophe: La plupart des joueurs, coachs et dirigeants sont contents qu'on parle d'eux avec un oeil bienveillant. Nous faisons notre métier, alors que pour tous ces gens, le foot est un passe-temps. C'est gratifiant pour eux qu'on s'intéresse à leur activité. Nous sommes parfois moins conciliants avec les pros, car c'est leur métier...

Loïc: J'avoue que je me pose régulièrement cette question. Est-ce que les coachs nous lisent? Sans doute moins maintenant, avec les réseaux sociaux. Par contre, les Français qui jouent chez nous sont heureusement surpris qu'on relaye leurs prestations au niveau qui est le leur. Du coup, ils se montrent très réceptifs. Certains clubs utilisent d'ailleurs cet argument pour le recrutement, en leur disant qu'ils seront médiatisés.

Geoffrey: Je constate un intérêt positif. Ce n'est pas dans notre esprit de parler négativement. Nous sommes loin de la pression mise par les journalistes dans le milieu du foot pro.

CC: Gabriel Ringlet parlait à propos de la presse régionale d'un "mythe au milieu du village". Dans le même ordre d'idées, François Descy avait créé une rubrique justement intitulée "Les petits clubs ont aussi leurs grands matchs". Vous êtes ainsi amenés à conter les hauts faits de "héros" à notre échelle. Avez-vous des souvenirs forts concernant certains coachs?




Christophe: À l'époque où je couvrais l'Excelsior Mouscron, trois mentors m'ont frappé: Marc BRYS, le meilleur tacticien que j'aie pu suivre au quotidien. Georges LEEKENS pour la personnalité dégagée; un spectacle à lui seul. Et Hein VANHAEZEBROUCK, avant-gardiste du 3-5-2, beaucoup d'aura lui aussi. À un niveau plus régional, je me souviens de la montée en D3 de Péruwelz à Opwijk, avec Patrice MEURANT porté en triomphe par tout un club. Un apogée mérité pour quelqu'un qui "pue" le foot, avec un charisme incroyable, ce jour-là reconnu à sa juste valeur.

Loïc: Au début de ma carrière de journaliste, un coach m'a confirmé dans la passion et la joie d'exercer ce métier, en me témoignant une confiance extraordinaire. Il s'agit de Jean-Marc VARNIER, au RFC Tournai. Un petit bonhomme avec un bagout savoureux; pas vraiment le look attendu d'un coach, on l'aurait plutôt vu en tribune à côté d'Achille Degryse. Lors des prévisions d'avant-saison, en 2006, les observateurs de la D3 pointaient son équipe comme descendant certain. Ainsi, le coach de Maldegem avait affirmé que "celui qui finirait derrière Tournai descendrait". Le mentor des Sang et or a affiché l'article dans le vestiaire, et ses troupes l'ont emporté! Mieux que ça, ils ont fini champions au terme d'une saison phénoménale. Avec les Delbeeke, Quivy, Scarpino, Leroy, ainsi qu'un Delwarte et sa suspension pour raisons extra-sportives. Monsieur Varnier a révélé Michaël Séoudi, relancé Pascal De Vreese, été chercher Maxime Hagué au Gabon, Jimmy Mulisa au Kénya... Je pourrais également mentionner Jacques URBAIN, alias "Papy", pour son regard bienveillant sur nous. Il en imposait par sa poigne; c'est ainsi qu'il avait su convaincre Laurent Wuillot de reparler à la presse, ce que celui-ci refusait catégoriquement au départ.

Geoffrey: J'évoquerai Denis DEHAENE lorsqu'il était l'entraîneur de Deux-Acren. Je couvrais la P1 et devais notamment collecter les pronos du week-end. Denis répondait systématiquement sans aucun temps d'hésitation, même pour un match du style Ransart - Courcelles. J'adorais. C'est quelqu'un qui ne laisse rien au hasard, il te donne vraiment l'impression de tout connaître...

CC: On parle dans le jargon de "bons clients" pour désigner certains coachs. À l'opposé, êtes-vous également confrontés à des interlocuteurs prudents, voire méfiants et pratiquant la langue de bois?

Christophe: Si je me réfère de nouveau à ma période mouscronnoise, Georges LEEKENS était inégalable à ce niveau. Il n'avait pas son pareil pour se mettre la presse en poche. Hein VANHAEZEBROUCK est lui aussi un grand communicateur. À un échelon plus local, si certains prennent l'excuse facile de l'entraînement du vendredi soir pour ne pas divulguer leur sélection, la grande majorité collabore très positivement. Quand j'interviewe un Jean-Do VESSIÉ, je suis certain d'avoir mon titre à la fin de l'appel. Toujours une bonne phrase! Je profite d'ailleurs de l'occasion qui m'est ici offerte pour remercier les coachs qui donnent de leur temps pour répondre à nos sollicitations et nous permettre de faire vivre nos rubriques.

Loïc: Comme Christophe, je me souviens de LEEKENS qui pouvait te rappeler, toi simple journaliste du Courrier de l'Escaut, dix minutes après que tu lui aies laissé un message, et te consacrer du temps pour répondre à tes questions. Plus près de nous, il y a Fabrice MILONE au Pays Vert, qui est quasiment devenu un ami tant la relation de confiance est excellente. Même s'il y avait encore une séance prévue en soirée, il me confiait déjà sa sélection, sûr que je ne la dévoilerais pas avant le lendemain. C'est quelqu'un qui aime jouer avec ce qu'il dit dans les interviews; c'est son côté roublard dans le bon sens du terme. 




Geoffrey: Pour revenir à ça, je trouve que taire volontairement sa sélection, c'est excessif... Dans la catégorie "bon client", je peux ajouter aux exemples précédents celui de Georges HEYLENS à son époque athoise. Malgré son glorieux passé, il restait très disponible et me répondait toujours de manière très courtoise. 

CC: Au plus haut niveau, les coachs regrettent une dérive vers le sensationnalisme. La presse locale résiste-t-elle à cette tendance?

Christophe: Notre couverture du sport régional se veut très respectueuse. Nous prenons évidemment soin de vérifier nos sources, et rien de faux n'est écrit. Si nous publions une info inhabituellement retentissante concernant un sportif en particulier, c'est qu'il y a un impact sur le collectif. Nous jouons en cela notre rôle de garde-fou. Un joueur participant à un tournoi de tennis au moment où son équipe preste, un autre qui se blesse au futsal en prétendant être tombé dans les escaliers, ou encore le fameux épisode de suspicion de match truqué impliquant Fabien Delbeeke et ses chaussettes pour lequel la preuve de son innocence fut heureusement établie.

Loïc: Dans ma rubrique décalée du samedi, je prends des libertés et je mets de côté mon habituelle réserve. Par le biais de la dérision, je dénonce une manoeuvre qui ne me plaît pas, je recadre gentiment. Certains, et ils sont majoritaires, le prennent bien et apprécient. D'autres moins, pas une semaine ne se passe sans que je n'aie des réactions...



Geoffrey: Je repense pour ma part au grave accident de voiture dont fut victime Fabio Scarpino, et que nous avons couvert plus qu'un simple fait divers. Mais nous étions dans un tel cas de figure bien loin d'une quête de sensationnel. 

CC: Les réseaux sociaux et autres applications constituent-ils un réel danger pour la corporation, ou au contraire une opportunité pour évoluer?

Christophe: L'apparition d'Internet, puis des réseaux sociaux, est à la source d'un véritable bouleversement dans notre travail. Les scoops doivent être révélés dans l'immédiat, sinon nous sommes devancés sur les réseaux. Je suis nostalgique de l'époque où la buvette était la principale source d'information. Les clubs aussi ont changé leur manière de communiquer. On est loin du temps où le CQ appelait le journal pour annoncer un transfert... Ceci dit, la toile est une aide autant qu'un concurrent, nous y trouvons beaucoup d'avantages. Je dirais que la couverture du sport régional reste en relative bonne santé, en tout cas plus que le métier en général.

Loïc: Si je cherche à contacter un joueur dont je souhaite faire le portrait, j'utiliserai Messenger plus que le téléphone. Un autre aspect positif, c'est la page Facebook des clubs. À nous de faire le tri. Par contre, je me fais fort de résister à cette tendance consistant à faire la promotion de ses articles sur la toile...

Geoffrey: Je confirme qu'il s'agit là d'un moyen très commode pour obtenir les coordonnées de quelqu'un et entrer plus facilement en contact. D'un autre côté, les réseaux sociaux sont une source de pression, c'est un peu pesant de constamment devoir scruter. Trop de communication ne tue-t-il pas la communication? Cette nouvelle donne fait sans doute perdre un peu de spontanéité au métier. Il y a moins de place pour la réflexion dans l'écriture. Quelques années auparavant, je partais en vacances sans gsm; maintenant, je ne pourrais plus le faire...